Alors que la précarité de l’éducation postsecondaire francophone en milieu minoritaire avait fait les manchettes en 2021, cet enjeu semble moins présent dans l’actualité depuis le début de l’année. Pourtant, en Ontario français, la situation continue d’être grave.

On se rappelle que l’Université Laurentienne (UL) a entrepris un processus de restructuration en vertu de la Loi sur l’arrangement avec les créanciers des compagnies (LACC) il y aura un an le 1er février. L’institution se cache maintenant derrière ce processus, en dévoilant aussi peu que possible sur la décision d’abolir 57% de ses programmes francophones et de larguer de dizaines de professeurs – une décision dévastatrice pour la communauté francophone du nord de l’Ontario.

Avant Noël, on apprenait que l’UL avait refusé de remettre à la vérificatrice générale, Bonnie Lysyk, les documents nécessaires afin de faire la lumière sur les compressions de l’hiver dernier, contestant cette demande devant la Cour supérieure de l’Ontario. La décision, rendue la semaine dernière et donnant raison à la Laurentienne, a suscité la surprise et l’inquiétude, et sera portée en appel.

Les membres de l’Assemblée législative de la province, excédés par le manque de transparence de la Laurentienne, avaient aussi voté à l’unanimité au mois de décembre en faveur d’un mandat de comparution pour l’UL. Ce mandat aurait forcé les dirigeants à remettre des documents privilégiés au Comité des comptes publics d’ici le 1er février 2022. C’était une peine de prison qui attendait le recteur, Robert Haché, et le président du Conseil des gouverneurs, Claude Lacroix, s’ils décidaient de ne pas obtempérer. Encore une fois, la Laurentienne a contesté cette motion devant les tribunaux, plus tôt cette semaine.

Curieux quand même qu’une institution se disant au bord de la faillite semble avoir des poches sans fond pour payer des frais d’avocats…

Pendant ce temps, les demandes d’admission à la Laurentienne ont baissé de 42,5% cette année. L’Université de Sudbury, pour sa part, attend toujours. Cette institution, qui s’est déconfessionnalisée et a fait le vœu de devenir une institution gérée «par, pour, et avec» les francophones du nord de l’Ontario, vivote, espérant un accord éventuel de financement entre le fédéral et le provincial. Mais alors qu’Ottawa signale depuis l’an dernier sa volonté de financer une institution francophone de plein droit à Sudbury, la province, pour sa part, refuse de broncher.

Cette saga a de quoi faire réfléchir les institutions postsecondaires francophones du reste du pays. Il est désormais une évidence que des institutions jouissant de fonds publics ne devraient jamais pouvoir se prévaloir du secret que leur offre la LACC; les contribuables méritent mieux. Mais surtout, il est de plus en plus clair que le fédéral considère qu’il a les poings (et les cordons de la bourse) liés dans le domaine postsecondaire tant que son partenaire provincial n’est pas prêt à y mettre du sien. Soit, le contexte juridique néo-brunswickois octroie une certaine protection aux collèges et université francophones de la province. Mais si Fredericton décide de sabrer les budgets, qui sait si Ottawa répondra à l’appel?

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