En littérature, on voyage dans le futur avec le plus récent roman d’Alain Thibodeau qui sort des sentiers battus, pour ensuite plonger dans l’univers intimiste et sensible du deuxième album du chanteur-poète Juste Robert.

L’an 2222, Alain Thibodeau

Après avoir publié un premier roman qui explore l’histoire des Acadiens (Le meunier de la Prée-Ronde) depuis les années 1654, Alain Thibodeau met le cap sur l’avenir. Nous sommes au tournant des années 2200. Le monde a subi plusieurs transformations dans ce futur pas si lointain. Le réchauffement de la planète a fait en sorte que des régions entières ont été inondées ou ravagées par les feux de forêt. Il n’y a pratiquement plus d’hiver. Les provinces francophones de l’Acadie et du Québec ont été annexées aux États-Unis, les femmes sont au pouvoir, le ballet est un art ancien, les gens sont munis d’adjointes vocales insérées dans leurs dents. Plusieurs populations aspirent à migrer vers l’Antarctique, là où le climat est plus clément. Il fait tellement chaud dans certains pays que les gens doivent revêtir des combinaisons climatisées.

L’an 2222 raconte d’abord et avant tout, le parcours d’une personne transgenre, soit Jude Bellerose qui deviendra Judith. Jude, 13 ans, qui affirme être né dans le mauvais corps vient de recevoir sa première injection de bloqueur de puberté en vue de devenir une femme. Il rencontre alors une certaine docteure Bousquet qui lui fait une proposition plutôt étonnante pour ses recherches sur la fertilité. Cette proposition changera bien plus que son genre.

Jude, qui a perdu ses parents lorsque l’île d’Orléans a été engloutie par les eaux, a été adopté par Raymonde Mercier, une femme puissante dénuée de sensibilité qui évolue dans l’univers médiatique. Il se lie d’amitié avec Janak, l’employé de sa mère adoptive.

Même si les femmes occupent le premier plan dans ce monde futuriste, certains hommes font exception, dont le mystérieux caïd richissime Clermont Demers qui semble lié au destin de Judith. Ce récit qui emprunte diverses trajectoires voyage du Québec à l’Acadie. L’auteur traite de sujets profonds, importants, peu abordés en littérature et présente des éléments forts intéressants dans ce récit qui navigue entre la science-fiction, la dystopie et le suspense.

En fait, le récit repose davantage sur l’histoire de Jude et de sa transformation que sur la science-fiction. À mon avis, il y a des détails parfois inutiles qui alourdissent le récit. Je comprends que l’auteur a cherché à bien documenter ce en quoi consiste la réattribution sexuelle, mais j’aurais préféré qu’on s’attarde davantage sur l’aspect humain plutôt que sur les descriptions des interventions médicales.

On assiste parfois à des dialogues un peu futiles, des situations qui s’étirent et quelques incohérences rendant la lecture ardue à certains moments. Pour qu’un roman de science-fiction soit captivant et solide, il faut que le monde imaginé par l’auteur, bien qu’il se situe à 200 ans d’aujourd’hui, soit cohérent et crédible. Par exemple, si les femmes détiennent le pouvoir, pourquoi alors leur enseigne-t-on seulement la gymnastique au primaire au lieu de tous les sports comme les garçons?

Si je ne suis pas tombée en amour avec la plume de l’auteur, il reste que plus on avance dans la lecture, plus on est curieux de connaître le dénouement. Même s’il y a quelques faiblesses dans l’intrigue, on est happé par l’histoire. C’est somme toute un roman divertissant avec une finale assez déroutante. (Crescendo, 2021). ♥♥♥

Ta théorie sur la lumière, Juste Robert

Dès les premières notes, j’ai eu un coup de coeur et l’envie irrésistible d’en écouter davantage. Le timbre de sa voix et son univers musical me rappellent à certains égards Alain Bashung, en moins sombre, Daran ou encore Fredric Gary Comeau que j’adore. Sa voix profonde, ses textes poétiques et sensibles remuent les émotions. Juste Robert est le pseudonyme du sculpteur Jean-Robert Drouillard basé à Québec.

C’est aussi un sculpteur de mots et assurément une belle découverte. Sur un folk ambiant, légèrement rock, un soupçon pop, il propose une écriture personnelle, évocatrice et imagée. Il chante la beauté des choses simples. «Tu ouvres les rideaux pour faire entrer le soleil/ta théorie sur la lumière qu’il faut laisser pénétrer ouais ça tu sais? Je l’ai toujours aimé ta théorie…». Beaucoup de douceur et de délicatesse se dégagent de cette collection de dix nouvelles chansons. Les petites imperfections donnent du charme à sa musique.

L’auteur-compositeur-interprète signe son deuxième opus. J’aime bien aussi les ambiances sonores intégrées dans certaines pièces telles que celles de la pluie qui tombe ou encore des hélices dans Sous le bruit des hélicos. Plusieurs musiciens ont collaboré à cet album réalisé par Benoit Villeneuve, dont Benoit Paradis au trombone et à la trompette, ainsi que Claude Fradette, un collaborateur de Richard Desjardins.

Son premier album Mon mammifère préféré (2019) qu’on avait comparé à Tire le coyote et Richard Desjardins, à cause de son écriture personnelle, avait reçu des éloges de la critique. Ta théorie sur la lumière qui offre une belle suite à ce premier opus arrive dans nos écouteurs ce vendredi. ♥♥♥♥

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