Il y a de ces questions qui ont le tour de nous tourmenter! Je ne parle pas ici de «quelle sauce tu prends dans ton douze pouces?» ou encore «tu veux-tu du bacon sur ton bâtonnet à l’ail?». Je parle de vraies questions. Celles qui nous gardent éveillés même après le bulletin de nouvelles de Sophie Thibault. Celles qu’on se pose en se grattant au sang l’fond d’la tête. Bref celles qu’on haït. Et à ce temps-ci de l’année, tout Madelinot loin de sa mère patrie est happé par ce genre de parasite de cerveau. Notre février/mars est toujours hanté du même godam de dilemme: «on va-t’i’ aux Îles c’t’été ou pas?»

Il faut d’abord savoir que quand tu viens des Îles mais que tu ne les habites plus, dès que tu décides de partir en vacances, c’est automatiquement aux Îles que tu planifies d’aller. Pas dans Charlevoix, pas en Gaspésie, pas au Mexique, même pas en Italie. Aux Îles. Nulle part ailleurs. On n’a pas le choix, sinon on va décevoir notre famille, nos amis. On va avoir l’impression de manquer quelque chose et on va le regretter amèrement. On ne pourra pas  rapporter de bagosse pis on ne fera pas le plein d’air salin. On est comme des drogués de goémon qui ont besoin de leur dose annuelle.

À partir du moment où on suppose qu’on y va, un véritable troupeau d’autres questions nous frappe de plein fouet. Premièrement, est-ce qu’on se claque la longue ride en auto ou on se magasine un vol direct? Pour être en mesure de choisir la deuxième option, tu dois être à l’aise dans un petit avion qui menace de s’écraser à tout moment, mais surtout être à l’aise financièrement.

Se rendre aux Îles par les airs, c’est un peu comme d’acquitter ses taxes scolaires quand tu n’as pas d’enfant: t’as vraiment le sentiment de payer les études de quelqu’un que tu ne connais pas. Avant d’écrire ce texte, j’ai vérifié: un aller-retour Montréal/Les Îles pour une semaine demain matin me coûterait 1600$. Pour à peine 400$ de plus, je me rendrais plutôt à Londres… Certains diront que l’Angleterre ne vaut pas le Havre-Aubert, mais gageons qu’il y a plus de rebondissements dans la pièce de théâtre «Londres, Mon Pays» que dans «Mes Îles, Mon Pays».

Quand tu décides d’y aller par bateau, tu dois aussi choisir entre faire la route d’une traite et t’en faire un road trip sur deux ou trois jours. C’est quand même 12 heures d’auto pour partir de Montréal et se rendre à Souris, à l’Île-du-Prince-Édouard. Dix avec le vent dans l’dos pis l’pied pesant.

L’an passé, avec ma blonde et mes enfants, on avait décidé d’étaler le déplacement sur trois jours. Je dis «on» avait décidé, mais c’est plutôt les vessies de mes flos qui ont décidé. D’ailleurs, on dit que ça prend 12 heures pour compléter le trajet, mais on peut le calculer de plusieurs façons. Montréal/Les Îles se fait en 12 heures de char, mais ça se fait aussi en sept pauses pipi ou encore en quatre sacs de chips Ruffles all dressed pis 3 Kit-Kat chunky. Ça se fait également en cinq tankées de gaz, 240 chansons de Cayouche ou 833 Tim Hortons.

Tu dois ensuite décider si tu prends le bateau de jour ou de nuit. Les deux options ont leurs avantages et leurs inconvénients. De jour, la traversée s’avère plus agréable. Tu peux profiter de la vue, souvent du soleil, et comme tu arrives en début de soirée, c’est le moment idéal pour te ramasser un Dixie Lee en débarquant. Par contre, tu risques fort bien de te claquer quatre fois «Je voudrais être Madelinot» au bar du bateau par un chanteur en semi-boisson qui commence toutes ses chansons par: «on va y aller maintenant avec une p’tit toune de…». Si tu le prends de nuit, tu sauves une journée de vacances aux Îles, mais pour ça tu vas essayer de dormir sur des bancs qui ne sont clairement pas faits pour faire de beaux rêves.

Que tu préfères la traversée de jour ou celle de nuit, l’important reste de bien planifier ta route pour arriver à Souris le plus «dernière minute» possible. Tu ne veux surtout pas être poigné là trop longtemps.

La dernière fois que j’ai pris le bateau, on avait prévu nos affaires pour r’ssoudre là-bas juste à temps pour dîner au restaurant en face du quai… mais ledit restaurant avait été réservé pour un événement privé. On a dû se contenter d’un sandwich de l’un des 833 Tim Hortons… au soleil, une fesse accotée sur le hood de char. Le rêve.

Tous ces questionnements-là, tu dois les avoir tôt dans l’année parce que pendant que t’hésites, le touriste sait… et il réserve les meilleurs endroits. Ça fait que pendant que vous vous demandez quelle sauce faire mettre dans votre 12 pouces ou si vous allez prendre du bacon sur votre bâtonnet à l’ail, plein de Madelinots loin de leur mère patrie se posent compulsivement la question: «j’y va-t’i’ ou j’y va pas?». Pis ça, c’est une vraie bonne question.

On se r’parle!

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