Toute personne qui vit le long d’une côte le sait: les vents violents sont devenus la norme et grignotent petit à petit nos rivages. C’est vrai partout en Atlantique quand on ne vit pas bien au-dessus du niveau de la mer et sur de la roche (comme c’est le cas dans mon coin de pays!). Des propriétaires perdent littéralement du terrain tous les ans, certains sont résignés à devoir, d’ici quelques décennies, amarrer leur embarcation aux poteaux de leur patio, plutôt que de garer leur véhicule dans l’allée de leur maison.

Voici maintenant que la zone séparant la Nouvelle-Écosse du Nouveau-Brunswick – cette région que les Acadiens (dont mes ancêtres) de la région de Beaubassin avaient asséchée par leurs digues et aboiteaux – est menacée d’être inondée de manière permanente, coupant ainsi notre région en deux. Les travaux pour tenter d’empêcher « la mer de monter » sont chiffrés, pour l’instant, aux environs de 300 millions $. La nouvelle ne semble pas avoir ému la population plus qu’il ne faut.

N’est-il pas affligeant de voir que notre société n’est pas capable de faire deux choses en même temps? Comme de s’activer à aider l’Ukraine tout en se mettant en ordre de bataille contre les changements climatiques. Pire encore, lutter contre Putin semble nous obliger à repartir à corps perdu dans le développement de ce qui cause justement ces dérèglements climatiques.

Il a suffi que le prix de la gasoline monte pour que la panique nous saisisse et que toutes nos bonnes résolutions s’évanouissent. On attend gaiement plus de trois heures, moteur en route, pour faire le plein chez Costco et économiser le prix d’un latte chez Starbucks et on guette avec impatience la décision du fédéral concernant le permis d’exploitation du gisement pétrolier de Baie du Nord au large des côtes de Terre-Neuve.

Pour contrer les inquiétudes de tous ceux et celles d’entre nous qui ont les yeux grands ouverts sur les dangers de cette exploitation à plus de 1500 mètres de profondeur dans l’Atlantique Nord, tous les arguments d’usage refont surface: les emplois, l’importance des revenus pétroliers pour ma province, pauvre comme Job, le besoin d’indépendance énergétique du pays. Même raisonnement dans l’Ouest canadien où les feux de forêt ravageurs sont l’équivalent climatique à nos tempêtes et montée des eaux.

Trouveriez-vous normal, chez vous, de désactiver vos alarmes incendies sous prétexte que les batteries coûtent trop chers? De résilier votre police d’assurance habitation parce que les tarifs augmentent? Bien sûr que non! C’est pourtant ce que nous faisons collectivement en ce moment même en privilégiant notre confort et notre portefeuille et en perdant de vue que notre région prend l’eau et risque le pire.

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