On a annoncé cette semaine que l’Université Ryerson, située au centre-ville de Toronto, sera sous peu renommée. Celle-ci s’appellera désormais la Toronto Metropolitan University.

Des pourparlers visant un changement de toponymie avaient été amorcés l’an dernier pour donner suite à une controverse entourant le legs de celui dont l’institution portait le nom, Egerton Ryerson. Figure publique des années 1800, il est considéré comme l’un des architectes du système d’écoles publiques canadien. C’est cependant pour son rôle dans la création du système de pensionnats autochtones que sa mémoire est désormais honnie. C’est d’ailleurs après l’atroce découverte de milliers de tombeaux d’enfants autochtones à proximité de ces écoles résidentielles, l’été dernier, que des voix s’étaient élevées pour que l’institution postsecondaire portant son nom cesse de lui rendre hommage.

Cette décision n’est pas sans faire écho à un débat semblable en Acadie, repris de façon sporadique depuis les dernières décennies, à l’égard d’un autre personnage au passé moins qu’honorable: Robert Monckton. Nul besoin de rappeler le rôle que cet officier britannique a joué dans la déportation des Acadiens à partir de 1755, et dont l’une des institutions phares de l’Acadie, l’Université de Moncton, porte aujourd’hui le nom, dans une ville homonyme dont le tiers de la population est francophone de surcroît.

Devrions-nous donc nous inspirer de la réflexion des gouvernants de Ryerson et songer à débarrasser cette institution une fois pour toutes de toute référence à ce personnage infâme?

Il est plus facile de poser la question que d’y répondre. D’une part, il n’y a pas d’alternative qui saute aux yeux. Le nom «Université de l’Acadie» n’est pas une option, compte tenu de l’existence d’Acadia University en Nouvelle-Écosse – un peu ironiquement, à quelques kilomètres de Grand-Pré, où l’on commémore aujourd’hui les sévices de Monckton et de ses acolytes. En 2005, l’idée de rebaptiser l’université au nom de Louis-J. Robichaud, lors de son décès, avait été débattue, mais n’avait pas fait beaucoup de chemin. Le principal intéressé avait averti ses proches, de son vivant, qu’il ne souhaitait pas une telle reconnaissance. Il y aurait certes, dans notre histoire nationale, d’autres personnages méritant qu’on les honore ainsi, mais aucun d’entre eux (et elles) ne semble faire pour le moment l’unanimité.

D’autre part, on pourrait aussi se dire que le nom de l’Université de Moncton n’est pas un signe de révérence, mais plutôt d’iconoclasme, voire de résistance envers l’homme et ce qu’il représentait; un pied de nez à l’Histoire, en quelque sorte. Chaque fois qu’une étudiante ou un étudiant obtient son diplôme de l’Université de Moncton, on enterre une nouvelle fois Monckton et son rêve d’une Amérique du Nord britannique, et surtout anglaise.

Bref, une telle décision n’est pas à prendre à la légère. Si l’Université de Moncton souhaitait marcher sur les traces de Ryerson et se débarrasser de sa controversée toponymie, ce ne sont pas seulement les gouvernants de l’institution, mais toute la communauté acadienne, qui devrait être interpelée par cette réflexion.

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