Bien que le film Basic Instinct a eu 30 ans cette année, l’image de la scène culte de l’interrogatoire de Sharon Stone est encore gravée dans la mémoire du journaliste Glen Owen du tabloïd britannique Mail on Sunday. En insinuant que la députée travailliste Angela Rayner utilise la stratégie Basic Instinct à la Chambre des communes de Londres, le Mail on Sunday démontre son sexisme, sa misogynie et, surtout, la pauvreté de son analyse politique.

Le tabloïd populiste Mail on Sunday a affirmé, rapportant des propos de députés du Parti conservateur, que la députée Angela Rayner utilisait la stratégie Basic Instinct, en étant assise sur les bancs de la Chambres des communes, en jupe et collants, les jambes croisées, afin de déconcentrer le Premier ministre Boris Johnson. Cet événement n’est qu’une illustration parmi d’autres du sexisme en politique.

En fait, ce qu’on reproche à la députée Angela Rayner, c’est de porter des jupes. Cette réalité ne touche pas que la Chambre des communes à Londres, mais tous les lieux de pouvoir où l’on reproche aux femmes les vêtements qu’elles portent.

La question des vêtements est fort présente chez les femmes politiques alors qu’elle fait peu débat chez les hommes politiques. Particulièrement au sein des parlements, le choix des vêtements se limite souvent au costume-cravate pour les hommes politiques, alors qu’il peut devenir beaucoup plus épineux pour les femmes politiques.

Les vêtements sont un important outil de communication politique qui peuvent, plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes, virés à la polémique. Ce phénomène a d’ailleurs été analysé, dans l’essai récemment publié de Sophie Lemahieu, S’habiller en politique.

À l’Assemblée nationale à Paris en 2012, la ministre Cécile Duflot s’est fait siffler en séance parce qu’elle portait une robe à motifs. Elle commença son discours par ces mots: «Mesdames et messieurs les députés, mais surtout messieurs visiblement…»

Aux États-Unis, Alexandria Ocasio-Cortez, élue démocrate arrivée en 2019 à la Chambre des représentants, s’est fait reprocher de porter des vêtements trop chics pour ses convictions de gauche. En Italie en 2019, lorsque la ministre de l’Agriculture, Teresa Bellanova, a participé à la présentation officielle du gouvernement, elle a essuyé une pluie de critiques pour avoir porté une robe d’un bleu vif.

Cette liste pourrait s’étendre sur plusieurs pages. Le cas de la jupe de la députée britannique Angela Rayner n’est que le dernier exemple en date.

Se trouvant malgré lui mêlé à cette histoire, le Premier ministre Boris Johnson a condamné sur Twitter la misogynie de l’article du Mail on Sunday. Déjà empêtré dans le scandale du partygate en lien avec les révélations sur les fêtes organisées en pleine pandémie à Downing Street, la résidence du Premier ministre britannique, cette polémique arrive à un bien mauvais moment pour Boris Johnson.

Qui plus est, avec actuellement 225 femmes à la Chambre des communes de Londres, soit près 35% des 650 députés, jamais dans son histoire l’institution n’a eu une plus grande représentation féminine. Pourtant, la plus grande présence des femmes au sein de la Chambre des communes n’empêche pas qu’elles soient toujours la cible de messages sexistes.

Ce débat soulève aussi la question du rôle des médias en démocratie, plus particulièrement en ce qui concerne la place des femmes en politique. Les réseaux sociaux, apparus il y a moins de deux décennies, ont multiplié les attaques sexistes envers les élues.

En cette ère de réseaux sociaux qui colportent les fausses nouvelles, les pires ragots et même les menaces anonymes envers les élues, la presse écrite doit plus que jamais être un des «chiens de garde de la démocratie». Pourtant, en étant offensant et misogyne, ce type de journalisme jaune et populiste risque, en dissuadant les femmes de faire de la politique, d’être nuisible à la démocratie.

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