Je ne peux pas croire que j’écris ces lignes en 2022, mais puisqu’on est voisin du pays démocratisé le plus reculé de la planète et qu’on est issus de la province canadienne la plus arriérée en matière de droits des femmes, je crois qu’on n’a pas le choix d’en parler.

L’avortement.

Ce moment traumatisant où une femme, souvent laissée à elle même, voit se déployer sous ses yeux deux grands choix: celui de foutre en l’air son avenir parce qu’elle n’est pas prête à devenir mère ou celui de s’ouvrir les jambes devant des étrangers pour aller se faire cureter le fond le l’utérus.

Je ne crois pas qu’il y ait un choix qui soit plus facile que l’autre et faire face à cette décision déchirante est loin d’être une partie de plaisir pour celles qui doivent jongler avec cette réalité.

On apprenait cette semaine par la presse américaine que la Cour suprême des États-Unis pourrait décider d’annuler l’arrêt qui protège le droit à l’avortement dans ce pays depuis 1973.

Cette question de contrôle du corps des femmes au nom d’une «vertu» religieuse dépassée fait réagir, tant aux États-Unis qu’ici.

Justin Trudeau annonçait mercredi que le Canada devait protéger les droits d’accès à l’avortement au pays et a demandé au ministre fédéral de la Santé Jean-Yves Duclos et à la ministre de Femmes, Égalité des genres et Jeunesse, Marci Ien, de s’attaquer au dossier.

N’oublions pas que l’amélioration de l’accessibilité du droit à l’avortement fait partie des promesses électorales des libéraux de Trudeau.

Puisque l’avortement n’est pas protégé par une loi au Canada – mais bien par une jurisprudence – l’accès à ces traitements reproductifs est souvent laissé à la discrétion des provinces.

Ça peut aller si on vient d’une province comme le Québec, où on retrouve 51 points de services qui offrent l’avortement sur le territoire.

Mais quand on vient du Nouveau-Brunswick, c’est TROIS CLINIQUES médicales qui sont disponibles pour nous accueillir dans ces moments traumatisants: deux à Moncton et une à Bathurst.

J’aurais aimé vous dire quatre, mais la seule clinique privée que nous avions au Nouveau-Brunswick (Clinique 554 de Fredericton) a été forcée de fermer ses portes sous le règne de notre premier ministre actuel, le grand ami des femmes, M. Higgs.

Comment peut-on croire que l’on habite dans une province démocratique ouverte à l’égalité des genres si nous n’offrons pas plus de services d’avortement que certains états américains?

Sur le site web du Réseau de santé Vitalité, on nous encourage même à consulter la liste des cliniques privées à l’extérieur du Nouveau-Brunswick dans l’occurrence où nous ne réussissons pas à obtenir de rendez-vous dans les trois hôpitaux qui pratiquent l’avortement ici.

Les statistiques de la Coalition pour le droit à l’avortement au Canada démontrent qu’il y a eu 495 avortements au Nouveau-Brunswick en 2019 comparativement à 1209 au Québec.

Nous ne sommes pas sexuellement moins actifs ici: nous n’avons tout simplement pas les mêmes accès aux soins reproductifs que dans la province voisine et donc, moins de libertés pour mettre à terme une grossesse non désirée.

J’aimerais dire qu’on a «encore du chemin à faire», mais honnêtement le Nouveau-Brunswick n’a même pas encore commencé à marcher dans la bonne direction.

Et avec un premier ministre qui se fout des droits des femmes et qui s’est battu contre le fédéral pour un service de garderie à 10$ par jour, je ne crois pas qu’on ait beaucoup d’espoirs pour l’avenir des services qui soutiennent les femmes et les enfants dans la province.

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