Un regard de gratitude sur Maman

Avec plusieurs confrères, j’ai participé à la retraite spirituelle des prêtres francophones du N.-B. cette semaine. Le prédicateur nous a invités à approfondir les différents regards de Jésus. C’est un thème actuel, alors que le port du masque sanitaire nous a sensibilisés à l’importance du regard. Nous sommes désormais habiletés à pouvoir lire l’expression des yeux pour y trouver joie, peine ou regret.

Dans la relation mère-enfant, le premier regard est celui de la mère qui voit le visage de son nouveau-né. Cela lui fait presque oublier les douleurs de l’enfantement. Elle vient de lui donner la vie; il vient de la mettre au monde comme maman. Elle le regarde avec joie en se disant qu’elle vient de donner naissance au plus bel enfant de la terre!

Au cours des ans, le regard d’une mère se renouvelle. Il est admiratif lorsque l’enfant fait ses premiers pas. Il manifeste l’inquiétude aux tournants inévitables de la vie. Aussi lorsque les choix de son enfant ne sont pas les siens. Son regard ne vise pas à enserrer dans ses griffes, mais à donner des ailes pour que l’enfant puisse prendre son envol. Même au risque de le voir partir pour des contrées lointaines.

Comme à notre premier jour, nos mères posent un regard admiratif sur la vie. À notre tour, posons un regard de bienveillance sur elles. Enlevons le voile d’ingratitude de nos yeux. Malgré les tensions et les déceptions peut-être, sur un visage dont les rides manifestent davantage le don de soi que le passage du temps, un regard de reconnaissance est de mise en cette fête des Mères.

+++

Je me suis souvenu de l’ode de Romain Gary à sa mère Mina. Il compare l’amour maternel à une source. Elle est nécessaire et abondante au commencement de la vie; on s’y abreuve. Elle est pure et limpide; on y étanche nos soifs.

Nous poursuivons notre chemin, nous éloignant de la source. Gardant en soi le souvenir de ce premier amour, comme du goût de l’eau. Nous avons beau chercher partout: nous ne retrouvons plus. Cette quête d’un amour semblable à celui de l’aube est un puissant moteur pour nous faire avancer jusqu’au soir de notre vie.

En retraite, je me suis dit qu’il y a quelque chose de semblable dans la vie spirituelle. Lors de l’enfance ou de l’adolescence, ou à un moment décisif, nous pouvons vivre une expérience spirituelle marquante. Un sentiment de paix profonde nous envahit; Dieu nous donne des signes de sa présence; une certitude naît. Nous voudrions rester dans cet état pour toujours. Hélas, c’est souvent bref, fugace.

On reste avec le désir de revivre cette expérience, de revenir à cet état de béatitudes. La nostalgie de ce qui a été vécu intensément au commencement est un moteur pour avancer et s’approcher de cet état, ne serait-ce que partiellement. La vie spirituelle passe pourtant par un consentement à aller aux profondeurs de notre être, sans toujours avoir des résonnances sensibles et apaisantes de la présence divine en nous.

+++

Consentir à l’amour tel qu’il se présente, même s’il est un pâle reflet de ce qu’il fut à l’aube de la vie. Voilà une manière d’avancer sereinement sur le chemin de l’existence. Consentir à ma mère telle qu’elle a été, telle qu’elle est, voilà une manière de vivre cette fête dans la vérité et la sagesse reconnaissante.

À celles qui montrent Dieu parce qu’elles lui ressemblent. À celles qui sont comblées dans leurs enfants et leurs petits-enfants. À celles qui sont déçues de ne pas retrouver les fruits qu’elles espéraient avoir semés. À celles qui comptent peu dans les statistiques, mais qui comptent beaucoup dans le cœur des leurs: les mères porteuses, les mères adoptives, les mères homoparentales. À celles qui sont mères sans avoir d’enfants. À toutes celles-là, et à la mienne: Bonne fête des Mères!

«Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. (…) Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l’aube, une étude très serrée de l’amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu.» Romain Gary, La Promesse de l’aube, 1960

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle