Ciel, l’heure est aux baptêmes au Niou-Brunswick! L’heure est à la renaissance! Il n’y a qu’à voir les bourgeons qui pètent d’orgueil au soleil ces jours-ci pour comprendre que le temps est propice à la mue. Qu’elle soit individuelle ou collective. Jetons bas les masques (et pas seulement les sanitaires)! Secouons nos identités pour faire tomber les grumeaux poussiéreux de l’Histoire! Sassons-nous!

On se souviendra que l’an dernier, les membres de la Première Nation Wolastoqey avaient proposé de changer le nom du fleuve Saint-Jean pour celui de fleuve Wolastoq. C’est en 1604 que Samuel de Champlain l’avait nommé fleuve Saint-Jean, bien que les autochtones lui aient donné un autre nom bien avant: le nom de «belle rivière».

Ignorant sans doute ce fait, Champlain tenait à marquer le fait qu’il avait «découvert» le fleuve le jour de la Saint-Jean-Baptiste, reliquat de célébrations antiques fêtant le solstice d’été et récupérées par l’Église catholique qui ne s’est jamais privée de piquer dans les calendriers païens pour asseoir son autorité sur les peuples nouvellement convertis.

La nation Wolastoqey ne fait que revenir aux sources.

***

Récemment, on apprenait que l’Assemblée législative de l’Île-du-Prince-Édouard avait unanimement adopté une motion demandant au gouvernement fédéral de renommer le pont de la Confédération, qui deviendrait «traversée Epekwitk».

J’ai lu quelque part que ça voulait dire «ce qui se couche sur l’eau» en langue mi’kmaq et que c’était également le nom que ces autochtones donnaient à l’île.

Pour le premier ministre conservateur de l’Île-du-Prince-Édouard, Dennis King, «il est de la plus haute importance que les langues autochtones soient respectées et reconnues, d’autant plus que l’année 2022 marque le début de la Décennie internationale des langues autochtones».

De son côté, le premier ministre Blaine Higgs ne s’est toujours pas prononcé publiquement sur la question. Peut-être attend-il que son comparse en affaires linguistiques, Kris Austin, lui donne ses directives. Déjà que le bilinguisme coût cher à les entendre, s’il faut se lancer dans le trilinguisme, ils risquent tous deux de faire une syncope!

***

Si l’heure est à la mode des changements toponymiques visant à faire plus de place aux langues autochtones du pays, ce qui est en soi une bonne chose, il faudrait éventuellement porter cette logique jusqu’à son aboutissement.

Ainsi, l’Île-du-Prince-Édouard devrait reprendre son nom mi’kmaq et le Niou-Brunswick un nom autochtone lié à son histoire. Mais contrairement à l’île, le territoire de la province étant divisé entre différents peuples autochtones à l’arrivée des Européens, des Acadiens et des Loyalistes, bien malin qui pourrait réussir à le trouver.

Pourquoi pas «province où être on se le peux-tu, toé!», une devise déjà si familière?

Blague à part, ce sont là des sujets d’importance dont tous les paliers gouvernementaux canadiens devraient peser le pour et le contre. Car s’entremêlent ici des éléments qui pourraient carrément finir par s’entrechoquer!

Et malgré ces quelques écueils potentiels, il faut saluer toutes les tentatives de réconciliation avec les autochtones, cela va de soi: ils ont suffisamment souffert de la discrimination systémique que leur ont fait subir les gouvernements coloniaux britanniques et français, ainsi que les gouvernements canadiens et provinciaux leur ayant succédé!

***

Mais tous ces baptêmes ne se font pas qu’en haut-lieu. Nos petites communautés locales y sont également conviées.

En effet, par suite de la réforme sur la gouvernance locale proposée par le ministre Daniel Allain, on devrait assister à divers regroupements territoriaux, dont certains ont déjà choisi un nouveau nom.

Ainsi, au Madawaska, le territoire comprenant Saint-Léonard, Sainte-Anne-de-Madawaska et les districts de services locaux (DSL) avoisinants porteront, à compter de l’an prochain, le très joli nom de Vallée-des-Rivières, très évocateur de la topographie locale. Belle trouvaille!

Dans la Péninsule acadienne, un choix final aurait également été fait pour le regroupement de Grande-Anse, Bertrand, Saint-Léolin et Maisonnette et les DSL avoisinants. La nouvelle communauté devrait porter le nom de Rivière-du-Nord. Pas pire!

***

De leur côté, dans la région Chaleur, Beresford, Nigadoo, Petit-Rocher et Pointe-Verte, ainsi que les DSL avoisinants, les élus ont choisi d’adopter le nom de Baie-Jolie-sur-mer.

Sans vouloir offenser personne, je crois que c’est un pléonasme.

Un pléonasme est un mot qui ajoute une répétition parfois inutile à ce qui est dit. Par exemple «unanimité totale». Quand c’est unanime, c’est pas mal total!

Alors quand on parle d’une «baie», c’est certain que ça touche de l’eau. À moins de parler des framboises! «Baie sur mer» devient donc un pléonasme, car il n’y a pas de «baie» dans le bois.

Faudrait peut-être revoir ce nouveau nom, en enlevant le superflu. «Baie-Jolie», c’est pas mal beau! Et Baie des Chaleurs, c’est toujours aussi beau également.

***

Ce qu’il faut aussi retenir, c’est l’esprit de bonne entente qui semble avoir présidé aux décisions des élus locaux. Un exemple à suivre dans une foule d’autres dossiers, non?

Tout ça me rappelle la fusion d’Edmundston, Saint-Basile, Verret et Saint-Jacques, en 1998. Là, on est passé proche de la guerre civile, chaque clocher tenant mordicus à son bout d’identité qui était, à entendre cette cacophonie de bourdons, plus authentique que celle des autres «partenaires».

Pendant ces turbulences, certains proposèrent un nouveau nom, un nom bien français reflétant son identité foncière, surtout qu’Edmundston s’était déjà appelée «Petit-Sault» avant de prendre un nom anglais par pur aplatventrisme devant le lieutenant-gouverneur britannique Edmund Head qui s’était apparemment arrêté dans la capitale de la République pour se bourrer de ployes. Sans payer, le sarfe!
Mais, en 1998, les autorités locales du temps, peu créatives, jugèrent qu’un nom anglais pour une ville française, c’était parfait!

Conséquence: aujourd’hui, quand on voyage, on est obligé d’expliquer au monde entier qu’on ne vient pas de la capitale de l’Alberta. Zut.

Alors, félicitations aux nouvelles localités qui ont le courage de s’affirmer en français avec une toponymie «naturaliste», comme les autochtones nous l’ont enseigné. On peut aussi être proche de la nature en français, non? Ressassons nos âmes!

Han, Madame?

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle