Le propre de nos gouvernements c’est trop souvent l’incapacité de penser grand, nouveau ou tout simplement différent. C’est aussi, semble-t-il, l’impossibilité de tirer les leçons du passé. Jamais ces deux constats n’auront été aussi aveuglants que dans le domaine de l’enseignement en langue française.

À Saint-Jean de Terre-Neuve, nous avons maintenant deux écoles françaises, toutes deux pleines à craquer, dont une doit nécessairement déménager cet été. Lorsque ma famille s’est lancée dans la bataille linguistique, à la fin des années 70, on ne rêvait même pas à la possibilité de deux écoles dans la capitale. On devrait donc s’estimer heureux.

Sauf qu’une fois de plus, le ministère de l’Éducation de Terre-Neuve-et-Labrador, brille par sa médiocrité: la communauté demandait une école neuve, elle a essuyé un refus total. Le moment était pourtant idéal pour lancer un ambitieux projet de construction verte, qui grâce aux financements écologiques (et linguistiques) du gouvernement fédéral, aurait coûté à la province une fraction du coût réel de l’édifice. Mais, pour ça, il aurait fallu voir grand.

Le choix du ministère s’est plutôt porté sur une école existante, l’ancienne école des sourds, qui nécessite des travaux. Quelque 10 millions $ vont être mis dans le projet. Nous voici en terrain connu: dépenser, pour faire du neuf avec du vieux.

Naturellement, la communauté souhaitait le complexe scolaire au complet (l’école qui servait autrefois toute la province comporte une résidence), pour en faire un vrai centre scolaire et communautaire. «Non!», s’est écrié le ministre, imitant ainsi son prédécesseur lors de la construction de la première école. Et, cette fois, même la possibilité d’une contribution considérable d’Ottawa pour la section communautaire, n’a pas convaincu le ministre de s’ouvrir au concept de centre scolaire et communautaire.

Résultat: nous aurons deux écoles, bourrées à craquer, dont une – au niveau collégial – privera ses élèves de l’apport indispensable de la communauté. Il n’y aura pas de place non plus pour une garderie, pourtant souhaitée par les parents. Quant aux organismes communautaires, déjà à court d’espace dans l’école des Grands-Vents, ils risquent de devoir sortir des murs et s’éparpiller à travers la ville, comme certains l’ont déjà fait.

Ainsi, personne n’est satisfait, la communauté s’étiolera par manque de contacts, les élèves resteront isolés ou bien cantonnés dans des édifices temporaires insalubres. Mais, et c’est semble-t-il essentiel, le Ministère sera satisfait et se «pètera les bretelles» de bien avoir investi l’argent public. Misère!

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