Après avoir passé de longs mois cloîtrés pour fuir le froid – et la pandémie – voilà que le printemps nous apporte déjà une météo plus clémente, l’occasion pour certains Néo-Brunswickois de se mettre les mains dans la terre et de préparer leur potager.

Élisabeth Marier, membre du regroupement écologique des jardiniers de la Péninsule acadienne, en fait partie et se demande si les griffes d’asperges mâles hybrides vendues par la plupart des jardineries sont des organismes génétiquement modifiés (OGM) stériles.

La réponse simple, c’est non.

Pour y voir plus clair, nous avons pu compter sur l’expertise de David Wess, chargé de cours d’horticulture au Macdonald Campus de l’Université McGill, à Montréal.

Une «anomalie»

Avant d’en arriver à expliquer les raisons pourquoi les asperges vendues pour nos jardins sont principalement des plantes mâles, il faut d’abord préciser quelques notions sur la reproduction du monde végétal.

Les plantes se reproduisent lorsque le pollen d’une fleur mâle fertilise la fleur d’une plante femelle

La majorité des fleurs des plantes sont dites parfaites. Ces hermaphrodites sont dotés de l’organe reproducteur mâle, l’étamine, et femelle, le pistil, dans une même fleur.

Chez d’autres espèces, qualifiées de monoïques, on retrouve des fleurs exclusivement mâles et exclusivement femelles sur une même plante.

Les asperges sont en quelque sorte une anomalie dans le monde végétal puisqu’il s’agit d’une espèce dioïque, c’est-à-dire que l’on retrouve les fleurs mâles et les fleurs femelles sur des plantes distinctes.

Dans les années 1960, un chercheur américain découvre toutefois un spécimen étonnant alors qu’il se promène dans une plantation d’asperges: une plante dotée à la fois de fleurs mâles et de fleurs hermaphrodites.

En réussissant à féconder les fleurs parfaites de ces individus avec le pollen produit par ses fleurs mâles, les scientifiques remarquent qu’environ le quart des nouveaux plants obtenus ne possédaient que des chromosomes sexuels mâles.

Lorsque croisées avec des femelles, ces nouveaux «super-mâles» donnent alors la possibilité de ne produire que des plantes mâles, une percée particulièrement intéressante pour les agriculteurs.

«On a découvert un peu par hasard que certaines plantes sont beaucoup plus résistantes aux maladies. Dans de vieux champs d’asperges, il y a constamment des semences qui tombent par terre et qui font de nouveaux plants et ceux qui résistent toujours le mieux aux maladies, ce sont les mâles», dit David Wess.

Les plants mâles vivent aussi plus longtemps, produisent jusqu’à 50% plus de turions (les tiges comestibles) et ceux-ci sont plus dodus que ceux produits par les femelles.

«On pense que c’est parce que les plantes femelles utilisent une partie de leur énergie pour produire des semences, explique David Wess. Elles ont donc moins de ressources à consacrer à la tige, la partie que l’on récolte et que l’on mange. Les mâles ont le beau rôle, vu qu’ils ne produisent que du pollen et pas de semences, ils mettent plus d’énergie à grossir.»

Au fil des ans, les super-mâles obtenus à partir de ces plants hermaphrodites, souvent cultivés en laboratoire, ont été croisés avec des plants femelles pour créer plusieurs nouvelles variétés, soit les hybrides mâles que l’on retrouve dans la plupart des jardineries aujourd’hui. Parmi elles, on retrouve notamment la Guelph Millenium, l’une des variétés les plus cultivées au Canada.

Comme toutes les asperges, les hybrides mâles sont pluriannuelles et repoussent chaque année.

Comme avec les asperges normales, le pollen produit par les mâles hybrides peut fertiliser les fleurs des plantes femelles afin de produire de nouvelles semences. Les amateurs d’asperges qui ont des plants hybrides peuvent donc récolter des graines à utiliser ultérieurement, à condition d’avoir des plantes femelles à proximité de leur potager. Les caractéristiques génétiques sélectionnées par les scientifiques ayant développé ces hybrides peuvent toutefois être perdues lors de ces nouveaux croisements.

Dans le monde agricole, les semences produites par les femelles sont souvent considérées comme une nuisance par ceux qui cultivent de très grandes parcelles d’asperges. C’est qu’en fin de saison, les graines qu’elles produisent se répandent entre les rangs, ce qui demande considérablement de travail afin d’éliminer les nouvelles pousses.

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