À leur retour en chambre la semaine dernière, les députés n’ont pas perdu de temps pour croiser le fer sur l’enjeu de l’heure au Nouveau-Brunswick, la hausse du coût de la vie.

Jeudi matin, les Néo-Brunswickois ont vu le prix de l’essence franchir pour la première fois le seuil symbolique de deux dollars le litre. C’était là bien sûr une occasion en or pour l’Opposition officielle de critiquer l’inaction du gouvernement de Blaine Higgs dans ce dossier.

Comme c’est presque toujours le cas, le débat s’est rapidement transformé en jeu de blâme. Le ministre Flemming, avocat de formation, en a même profité pour s’improviser professeur d’économie, pointant du doigt les politiques du gouvernement Trudeau — qu’il a qualifiées de «folie» — pour le prix élevé du pétrole.

Si seulement c’était si simple. Tout le monde sait, y compris sans doute le ministre Flemming, que le prix du pétrole est fixé par l’offre et la demande à l’échelle planétaire.

Le Canada compte pour six pour cent de la production mondiale de l’or noir. À lui seul, il ne peut faire grand-chose pour influencer l’offre, surtout lorsqu’on sait que le cartel de l’OPEP a récemment su se montrer discipliné pour soutenir des prix élevés.

Qui plus est, les autres grands producteurs à l’extérieur du cartel, y compris ceux du Canada, se sont montrés généralement prudents, préférant largement retourner leurs récents profits pharaoniques aux actionnaires plutôt que de les investir pour accroître la production.

Bien que les réflexions simplistes du ministre Flemming aient été divertissantes, la dynamique mondiale de l’offre et de la demande du pétrole n’a évidemment pas été au cœur du débat. Ce qui intéresse les Néo-Brunswickois, c’est de savoir si le gouvernement a l’intention de faire quelque chose pour réduire les prix à la pompe.

Comme d’habitude quand cela vient aux finances publiques, Blaine Higgs s’est montré chiche et a eu pour réflexe de pelleter ses problèmes dans la cour d’Ottawa, l’exhortant de réduire la taxe sur le carbone.

Le gouvernement provincial impose deux taxes sur la vente d’essence: un prélèvement de 10,87 cents sur chaque litre vendu, de même que sa part de la TVH, soit 10 pour cent du prix du litre incluant toutes les autres taxes (cette dernière est donc une taxe-sur-la-taxe). À deux dollars le litre, le gouvernement provincial tire un peu plus de 28 cents le litre de ces deux taxes. À un dollar, il n’en tire que 19 cents.

Pour justifier son inaction, le premier ministre a affirmé à maintes reprises qu’il craignait qu’un prix élevé réduise la consommation d’essence et les recettes de son gouvernement.

Le premier ministre peut cependant dormir sur ses deux oreilles.

Le prix de l’essence au Nouveau-Brunswick était en hausse de 37 pour cent en mars par rapport à la même date l’an dernier. Même si en réponse à cette augmentation les Néo-Brunswickois réduisaient leur consommation de cinq pour cent — du jamais vu au cours des deux dernières décennies, sauf durant la première année de la pandémie — le gouvernement continuerait de voir ses recettes gonfler cette année.

Il se vend plus d’un milliard de litres d’essence au Nouveau-Brunswick chaque année. D’après mes calculs, même si la consommation diminuait de cinq pour cent, une hausse de 37 pour cent faisant passer le prix à deux dollars le litre se traduirait par des recettes annuelles supplémentaires de plus de 30 millions $.

Ce dernier a donc sans doute les moyens nous accorder un répit à la pompe ou encore de remettre de l’argent aux moins fortunés pour les aider à faire face à l’escalade des prix.

Il faut également se rappeler que la TVH s’applique sur presque tout ce que l’on consomme. Ce n’est pas qu’à la pompe que l’inflation rapporte gros au gouvernement.

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