Encore un anniversaire! Il me semble qu’ils me tombent dessus de plus en plus vite. Au début du mois, c’était mon 21e anniversaire à l’Acadie Nouvelle. Demain, c’est mon anniversaire de naissance et la semaine prochaine, je fêterai ma 1300e chronique dans cette page! Partyyyy!

Demain, donc, j’atteindrai exactement le double de l’âge que j’avais le jour de mon entrée au journal Le Matin, à Moncton: 36 ans. Le fondateur et premier directeur du journal, Charles d’Amours, m’avait offert le poste de rédacteur en chef.

À l’époque, des mauvaises langues avaient susurré que j’avais obtenu ce poste grâce au ministre conservateur Jean-Maurice Simard, dont j’avais été le conseiller, mais ce qu’ignoraient ces critiques, c’est que Jean-Maurice Simard lui-même n’était pas en faveur de mon entrée au Matin. Justement pour cette raison!

Fallait que je le dise, une fois pour toutes.

***

Trente-six ans plus tard, je suis toujours dans un journal, cette fois à titre de membre de la grande famille de l’Acadie Nouvelle. Si l’expérience du Matin fut infernale, celle que je vis ici depuis 21 ans a plutôt des couleurs paradisiaques!

Que voulez-vous! J’ai tellement pris goût à la rédaction de ces chroniques, que c’est devenu une manière de vivre. Mon cerveau n’arrête pas de trouver matière à commenter la vie, l’actualité, l’air du temps.

Ma vie est «organisée» autour de ces chroniques: je surveille tout à gauche et à droite, j’écoute tout ce que je peux, je lis sur toutes sortes de sujet, je prends des notes. J’ai les antennes au vif!

Au fil des ans, j’ai beaucoup appris dans cette page. Je suis arrivé ici quasiment tout feu, tout flamme, mais je me suis un peu calmé le pompon. J’ai tenté d’arrondir certains angles trop tranchants. Je choisis mes mots avec plus de précaution, l’auto-censure est plus nécessaire que jamais.

***

Certes, il y aura toujours des hippopotomonstrosesquippedaliophobiques sympathiques qui trouvent que j’utilise des grands mots, mais je me tiens coi! Il y a des bleus qui n’aiment pas que je parle des conservateurs, et des libéraux qui n’aiment pas que je parle des rouges.

Soyez sans crainte: je suis bleu-blanc-rouge!

Certains n’aiment pas que j’écrive «Niou-Brunswick». D’aucuns, que je signe «han, Madame?». D’autres, que j’utilise des mots anglais pour puncher une phrase. Tout cela est de bonne guerre. Après tout, c’est à cela que servent les chroniques dans un journal: alimenter les débats.

Ma plus mauvaise expérience ici, la plus blessante, je l’ai vécue l’an dernier quand un essaim de personnes LGBT, obnubilées par un malheureux quiproquo, tentèrent, avec une perfidie sans nom, de me faire passer pour un transphobe et un homophobe alors que je défends la réalité homosexuelle depuis cinquante ans, avec son lot d’insultes et de coups de poing. Bien avant que la plupart de ces «critiques» soient nés!

Je suis heureux de pouvoir le redire en cette journée mondiale contre l’homophobie.

***

On encaisse et la vie se charge du reste. Tenez, il y a des lunes, je gueulais contre le cléricalisme de l’Église, même que certains chrétiens voulaient m’envoyer au bûcher. Mais avec l’élection du bon pape François, si peu dogmatique, et lui-même si critique du cléricalisme que je dénonçais, je serais mal venu de ne pas reconnaître que, sous sa houlette, l’Église s’est engagée dans une démarche d’ouverture.

Certes, c’est long. Oui, c’est long de faire se retourner le Titanic sur un dix cennes! Aura-t-il le temps de se retourner avant de couler? Il faudra attendre une cinquantaine d’années pour être fixé. Je surveillerai ça du paradis.

***

Il en est de même pour la monarchie britannique. J’aime bien la caricaturer de temps en temps.

Mais il faut reconnaître que la reine Élisabeth, qui célèbre cette année soixante-dix ans de règne, en est venue à incarner la monarchie avec une force telle que l’on peine à imaginer ce que sera la monarchie après elle. Une chose est claire: ce ne sera plus la même chose!

La reine l’a d’ailleurs très bien compris, car ce n’est pas sans raison qu’elle a fait connaître son vœu que l’épouse de Charles, Camilla-la-mal-aimée, porte le titre de reine consort. Elle a voulu éviter à son fils et au gouvernement du Royaume-Uni les fastidieux débats, et possiblement une crise constitutionnelle, susceptibles d’émerger après son départ, facilitant ainsi une transition sans trop de soubresauts.

***

Car dès que la reine ne sera plus là, tout risque de changer radicalement.

Charles ne possède pas l’autorité morale d’Élisabeth, acquise par son intégrité personnelle tout au long de son règne. Il est plus porté à se mêler des affaires publiques, plus enclin à la politique, pour ne pas dire à la polémique. Il a des idées bien arrêtées sur l’architecture à l’ancienne, l’urbanisme écologique, et on lui en fait reproche, mais il est aussi un grand défenseur de l’écologie, notamment de l’agriculture biologique et ce, depuis sa jeunesse. À cet égard, il est en phase avec notre époque.

Certes, le contentieux opposant l’Acadie à l’Angleterre demeure. Mais il n’est pas dit qu’un roi Charles, plus ouvert que ses prédécesseurs sur les autres cultures et à la foi des autres, serait réfractaire à l’idée d’excuses royales, pour peu qu’un gouvernement fédéral l’incite en ce sens un jour, ce qui ne fut manifestement pas le cas du gouvernement Chrétien en 2003 qui négocia avec Londres une proclamation royale où la Déportation fut réduite à des «torts» causés aux Acadiens.

***

Voyez, on trouve de tout dans une chronique. Du beau, du bon, du vrai, et parfois du faisandé! Mais la vie est ainsi faite. C’est un cadeau qu’on redécouvre tous les matins, un peu comme on découvre une chronique nouvelle chaque semaine.

C’est pourquoi je tiens à vous remercier du fond du cœur de me suivre depuis tant d’années, fidèles lecteurs zé lectrices, qui me faites l’honneur de m’accompagner à la découverte du mystère de nos vies, la vie qui bat, chaque semaine, depuis tant d’années!

Han, Madame?

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle