Depuis fort longtemps, la droite radicale américaine dénonce l’industrie culturelle en général, Hollywood en particulier, qu’elle accuse de propagande gauchiste. Le blockbuster de l’été Top Gun: Maverick semble toutefois faire exception puisque le film a été encensé par les commentateurs de Fox News et de plusieurs médias populistes.

Tout comme la société américaine a évolué, le cinéma américain a aussi évolué ce qui se traduit notamment par une plus grande présence sur les écrans de femmes et de minorités dans des rôles moins stéréotypés. Toutefois, il s’est aussi développé un discours réactionnaire qui critique cette évolution parce qu’elle se ferait avec trop de zèle.

Ainsi, la droite radicale scrute les émissions de télévision et les films afin d’y déceler ce qui leur semble être une sorte de promotion des valeurs de gauche ou de l’idéologie progressiste afin d’endoctriner les masses. Ces dernières années, on n’a pas cessé de reprocher aux grands films hollywoodiens d’être influencés par la culture «woke».

On a par exemple reproché au film Black Panther en 2018 de faire la promotion des minorités et au film Mulan en 2020 de faire la promotion des valeurs féministes. À chaque fois, ce serait l’homme blanc qui serait laissé en plan.

On porte également une attention particulière aux émissions de télévision destinées aux enfants. Ainsi, sans que cela soit confirmé par les scénaristes de ces émissions, on a reproché aux personnages Tinky Winky des Teletubbies, Bert et Ernie de Sesame Street ou même Bob l’éponge de faire la promotion de l’homosexualité chez les enfants.

À entendre plusieurs commentateurs, souvent classés très à droite, ceux de Fox News en tête, Top Gun: Maverick serait un immense pied de nez à la culture «woke» avec sa nostalgie de l’ère du président Ronald Reagan et ses drapeaux américains flottant au vent. On ne chercherait pas à s’embarrasser des questions de genre, d’orientation sexuelle ou de couleur de peau en choisissant un homme blanc hétérosexuel comme personnage principal, ni à être écolo en faisant vibrer des moteurs d’avion et de moto.

Que l’on soit d’accord ou non avec ces observations, ce qui intéressant de noter, c’est qu’une certaine droite radicale semble continuellement en guerre culturelle et son champ de bataille n’est pas uniquement politique, mais aussi culturel. Les lieux de pouvoirs culturels, notamment symbolisés par Hollywood, seraient associés aux idées progressistes.

Dans une logique de guerre culturelle, la droite radicale cherche donc à renverser la vapeur en dénonçant continuellement une prétendue propagande progressiste qui sévirait au cinéma et à la télévision. Depuis peu, notamment sur le web, on cherche à développer une «contre-culture» d’extrême droite par le biais du divertissement.

Ce que l’on remarque surtout, c’est que les États-Unis, plus d’un an après le départ du président Donald Trump, sont encore extrêmement divisés. Les analyses et les critiques qui font que la droite radicale dénonce ou encense un film sont bien souvent basées sur la mauvaise foi.

Le cinéma, particulièrement les grandes productions hollywoodiennes, est souvent très politique. Par exemple, inutile de spécifier que Le Dictateur de Charlie Chaplin en 1940 est un film politique.

Le complexe militaro-industriel américain a beaucoup misé sur le divertissement, notamment en mettant à la disposition du cinéma hollywoodien de l’équipement. Ce fut d’ailleurs le cas pour le film Top Gun en 1986 pour lequel la Navy, une composante de l’armée américaine, a prêté un porte-avions, des avions et des pilotes.

Ce prêt de l’armée américaine était intéressé puisqu’il était en réaction à la crise du recrutement que l’armée américaine vivait depuis plus d’une décennie après la guerre du Vietnam. Le succès du film fut tel que la Navy installa des bureaux de recrutement à la sortie des salles de cinéma.

Cela étant dit, le cinéma américain n’est pas un cinéma de propagande pour autant. Il se produit aussi aux États-Unis des films plus sérieux et plus critiques qui sont reconnus internationalement.

Il serait sans doute erroné d’associer le succès de Top Gun: Maverick à un très fort vent de droite qui souffle sur l’Amérique et sur le monde. Il existe toutefois, indéniablement, une nostalgie des années 1980 qui fait en sorte que Top Gun: Maverick soit en tête au box-office, que Running up that Hill de Kate Bush se soit hissée au palmarès grâce à la série Stranger Things elle-même une des plus populaires sur Netflix.

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