C’est totalement blasé d’avoir vu la bande-annonce une douzaine de fois et bien conscient que les premières critiques étaient divisées que j’ai vu Train à grande vitesse (Bullet Train; en salle depuis jeudi). À mon grand étonnement, j’ai passé une des plus belles soirées cinématographiques de mon été.

Le film raconte l’histoire totalement loufoque d’un tueur à gages, Coccinelle (Brad Pitt), qui est embauché pour récupérer une mystérieuse mallette dans un train à grande vitesse qui va de Tokyo à Kyoto.

Tout se passe bien jusqu’à ce que Coccinelle réalise qu’il n’est pas le seul assassin à convoiter la mallette…

Il est très réducteur de résumer le film par ces deux petites phrases. La vérité, c’est que l’intrigue est beaucoup plus complexe. Question de vous réserver le plaisir de découvrir les nombreuses surprises du scénario, je ne vous en dirai donc pas plus.

Train à grande vitesse est un film de David Leitch, basé sur un roman de l’écrivain japonnais Kôtarô Isaka. Leitch est un ancien cascadeur devenu cinéaste qui excelle à filmer des scènes de combat parfaitement chorégraphiées. On lui doit notamment Deadpool 2 (2018), John Wick (2014) et Atomic Blonde (2017).

Confidence pour confidence, je ne suis pas un grand amateur de ce type de cinéma, qui glorifie la violence et dont le scénario est presque toujours juvénile.

Heureusement, dans ce nouvel opus, Leitch a trouvé le juste équilibre entre action, humour et suspense, le tout enchâssé dans une histoire bien bâtie (quoiqu’imparfaite) et pleine de rebondissements.

Le film de Leitch est une comédie d’action bien ficelée, certes, mais c’est aussi tellement plus que ça… C’est en fait une oeuvre qui ressemble à un monstre de Frankenstein avec ses composantes aux origines diverses.

Le huis clos rappelle Snakes on the Plane (2006). L’humour plein d’esprit copie celui de The Suicide Squad (2021). Le ton satirique est emprunté à Robocop (1987). Le vilain ressemble à une copie (un peu pâlotte) du légendaire Keyser Soze de The Usual Suspects (1995). Le style visuel est calqué sur celui de Kick-Ass (2010). Et l’abondance d’hémoglobine semble tirée de Kill Bill (2003).

Les meilleurs moments du film sont toutefois ceux qui mettent en vedette Brad Pitt.

À 59 ans (oui, mesdames), Pitt n’a rien perdu de son charisme. Au contraire. Il offre une des performances les plus drôles de sa carrière, sa bonhommie rappelant un peu celle de Jack Sparrow dans les premiers films de la saga Le Pirate des Caraïbes. Son recours constant à des conseils très clichés de son thérapeute est d’un burlesque délicieux.

Parlant de délicieux, le duo composé d’Aaron Taylor-Johnson et Brian Tyree Henry est absolument hilarant. Le stoïcisme du premier est tordant alors que la fascination du second pour Thomas le train est d’une sublime dérision.

J’ai arrêté de compter le nombre de fois où je me suis surpris à sourire béatement devant cette injection d’humour si irrévérencieux.

Film d’action qui ne se prend vraiment pas au sérieux, Train à grande vitesse est beaucoup plus cérébral qu’il en a l’air. Ce mélange entre Deadpool (2016) et Taken (2008) s’impose très facilement comme un des meilleurs divertissements de l’été.

(Quatre étoiles sur cinq)

 

Ce n’est pas O.K.

À l’ère des médias sociaux, il est plus facile que jamais d’avoir son cinq minutes de gloire. Un fait mis en lumière dans la comédie satirique Ce n’est pas OK (Not Okay; Disney+). Malheureusement, la réalité a depuis longtemps dépassé la fiction…

Danni (Zoey Deutch, photo) est une jeune femme nonchalante et plutôt mal dans sa peau. Elle n’a pas d’amis et prend très peu soin d’elle même. Subalterne au département des photos du magazine new-yorkais Depravity, elle rêve de devenir écrivaine.

Un jour, pour impressionner un collègue, elle annonce sur les médias sociaux qu’elle a été sélectionnée pour participer à une retraite d’écriture à Paris. Photos truquées à l’appui, elle documente en ligne son fictif voyage dans la Ville lumière.

Puis, le destin frappe. Paris est le théâtre d’attentats terroristes qui font plusieurs morts. S’inquiétant pour son bien-être, les collègues et la famille de Danni la joignent. Plutôt que d’avouer la supercherie, la jeune femme en rajoute, affirmant qu’elle a tout vu des attentats et qu’elle s’en est tirée de justesse.

Ses patrons chez Depravity lui offrent alors de raconter son expérience dans les pages du magazine. L’article devient viral et Danni devient une sensation médiatique. Du jour au lendemain, sa vie se transforme en conte de fées. Mais pendant combien de temps pourra-t-elle continuer à vivre dans le mensonge?

Ce n’est pas O.K. porte le désir profond de toute une génération qui, comme Danni, souhaite «être aimée et être remarquée».

Dans ce qui constitue son premier long-métrage commercial, la réalisatrice et scénariste Quinn Shephard se moque allègrement de la propension de la société à créer de fausses idoles et à croire tout ce qui est rapporté sur les médias sociaux.

On se doute que Shephard souhaite faire dans la satire. L’histoire de cette fille qui raconte avoir survécu à un attentat est trop exagérée pour être vraie, n’est-ce pas? Mais est-elle vraiment SI exagérée? Un petit détour sur Twitter, par exemple, vous convaincra que la hardiesse de Danni n’est qu’une goutte d’eau dans un océan d’individus qui sont prêts à s’abaisser à inventer n’importe quoi dans l’unique but d’obtenir de l’attention. Les politiciens d’extrême droite sont d’ailleurs les champions de l’univers dans ce domaine.

Ce n’est pas O.K. ne choque donc pas autant que ses créateurs l’auraient souhaité. Il ne fait que nous rappeler que nous vivons chaque jour un peu plus dans une société où les «likes» et le nombre

d’abonnés ont plus de valeurs aux yeux de notre jeunesse qu’un gros câlin, un tape dans le dos ou de sincères mots d’encouragement.

Une comédie qui fait rire jaune…

(Deux étoiles et demie sur cinq)

 

Respirer

À mes yeux, que ce soit au cinéma ou à la télévision, les plus belles images sont celles qui sont tournées à la lumière naturelle. Mais encore faut-il avoir une bonne histoire à raconter…

Tourner dehors, en raison du caractère imprévisible de la météo, est un art qui se perd. D’autant plus que c’est très coûteux. Et que ça constitue un énorme casse-tête logistique. Rare son ceux qui s’attaquent à un tel défi.

Un peu plus de la moitié des images de la mini-série Respirer (Keep Breathing; Netflix) ont été captées dans une forêt située dans la région de Vancouver. Esthétiquement, le résultat est magnifique et a très peu de choses à envier à l’étalon de comparaison que constitue The Revenant (2015) – lui aussi tourné dans l’Ouest canadien -, le film événement du grand Alejandro G. Iñárritu.

Les deux oeuvres ont autre chose en commun: il y est question de survie. Respirer raconte en effet l’histoire de Liv, une avocate new-yorkaise d’origines mexicaines qui se retrouve seule face à la nature après que le petit avion qui devait l’amener à Inuvik s’écrase.

Les six épisodes de la série (qui totalisent environ 200 minutes) nous rendent témoins des efforts de la jeune femme pour regagner la civilisation.

Jusque là, ça va. Le hic, c’est qu’il ne s’y passe pas grand-chose. Entre les escapades d’exploration de Liv, ses efforts pour maîtriser le feu et sa quête de nourriture, la jeune femme passe beaucoup de temps à penser à son passé. Et c’est d’un ennui mortel.

Pire, ces retours en arrière ne mènent nulle part. Ils sont constitués d’un mélange d’hallucinations, de souvenirs et de rêves qui nous permettent certes de mieux comprendre Liv, mais qui ont très peu à voir avec ses efforts de survie. On passe trois heures en attente de la grande révélation du passé qui donnera un sens au présent. En vain.

Respirer est donc une série métapho­rique. On réalise que Liv était aussi perdue dans la vie qu’elle l’est depuis que son avion s’est écrasé dans la forêt.

Ses efforts de survie prennent la tournure d’une quête exploratoire au cours de laquelle elle tente d’enfin tourner la page sur un événement qui l’a profondément marquée, deux décennies plus tôt, alors qu’elle n’était qu’une enfant.

Visuellement audacieuse et recherchée, Respirer tente de se distancer des oeuvres du genre en se donnant une dimension philosophique. L’exercice est original, mais le résultat est un véritable supplice pour l’âme.

(Deux étoiles sur cinq)

 

À surveiller

Prey
(Sur Disney+ depuis vendredi)
La franchise Predator a connu plus de bas que de hauts depuis le film original de 1987 mettant en vedette Arnold Schwarzenegger. Ce très attendu long métrage se déroule il y a 300 ans et raconte le combat entre une jeune Comanche et un des premiers prédateurs à débarquer sur Terre.

Riverdale – Saison 6
Locke & Key – Saison 3
(Sur Netflix)
Deux des séries les plus populaires de l’histoire de Netflix y vont d’un dernier tour de piste cette semaine: dimanche, la comédie dramatique Riverdale tire sa révérence; la démoniaque Locke & Key fera de même mercredi.

A League of Their Own
(Sur Prime vendredi)
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les hommes étant partis à la guerre, des femmes lancent leur propre ligue de baseball professionnel. Cette série de huit épisodes est adaptée du film culte de 1992 avec Tom Hanks et Geena Davis.

Five Days at Memorial
(Sur Apple TV+ vendredi)
Vera Farmiga (Lorraine Warren dans la saga Conjuring) est la vedette de cette série de huit épisodes qui relate les efforts héroïques (et bien réels) du personnel soignant d’un hôpital de La Nouvelle-Orléans lors du passage de l’ouragan Katrina, en 2005.

Day Shift
(Sur Netflix vendredi)
Un autre film exclusif à Netfilx dont la distribution (Jamie Foxx, Snoop Dogg et Dave Franco) impressionne davantage que la prémisse (un père dont l’ennuyeux emploi de concierge n’est qu’un leurre pour sa véritable vocation: chasseur de vampires).

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