À la fin du mois dernier, le journaliste Jacques Poitras de la CBC publiait une analyse fort éclairante sur ce qui aurait inspiré le premier ministre à limoger la presque totalité des hauts responsables du système de santé néo-brunswickois.

Dans son texte, Poitras montrait comment Blaine Higgs semble avoir plagié l’approche utilisée à pareille date l’an dernier par son homologue néo-écossais, Tim Houston.

Le parallèle entre ce qui s’est produit en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick est en effet très frappant. Dans les deux cas, un nouveau ministre a été nommé, presque tous les premiers dirigeants administratifs ont été congédiés et les membres des conseils d’administration des régies ont été congédiés pour être remplacés par des fiduciaires uniques. Dans les deux cas également, ces mesures ont été annoncées à la suite du décès troublant d’un patient dans une salle d’urgence.

La grande différence, cependant, c’est que l’annonce du premier ministre néo-écossais Tim Houston s’est faite au lendemain de son arrivée au pouvoir. Celle de Higgs, pour sa part, est survenue à l’aube de son quatrième anniversaire à la tête de la province. Si le geste de Houston pouvait être interprété comme un vent de renouveau, celui de Higgs sentait bien davantage la panique et la quête de bouc-émissaires.

La purge ordonnée par Higgs est un pari très risqué sur le plan politique. En limogeant presque tous ceux qui assurent la haute gouverne du système de santé, Higgs a mis sa tête sur le billot. Dorénavant, le premier ministre ne pourra plus jeter le blâme sur les autres s’il n’arrive pas à remettre le système sur les rails.

Fait intéressant, l’annonce-choc du premier ministre n’a pas été accompagnée de mesures en matière de réforme du système. Son message est donc on ne peut plus clair: le problème n’en est pas un de stratégie, mais d’exécution. Pour se sortir de la crise, il faut simplement mettre le système entre les mains de dirigeants dignes de confiance.

La voie empruntée par Blaine Higgs pourrait bien s’avérer lourde de conséquences, tant pour le gouvernement en place que pour le système de santé, et ce pour au moins deux grandes raisons.

La première, c’est qu’elle concentre le pouvoir décisionnel entre les mains de quelques individus et qu’un seul d’entre eux, Suzanne Johnston, affiche une longue expérience dans la gestion des soins de santé.

Lorsqu’on centralise le pouvoir, on peut prendre des décisions plus rapidement. Le risque, par contre, c’est que ces décisions ne soient pas les bonnes et qu’il n’y ait personne pour nous dire qu’on se trompe.

Le penchant du premier ministre pour la micro-gestion est bien connu. En tant qu’ingénieur mécanique, Blaine Higgs disposait sans doute des qualifications requises pour optimiser les processus de production chez Irving Oil. En tant que premier ministre, rien ne permet cependant de croire qu’il a tout ce qu’il faut pour faire de même avec une créature aussi complexe que le système de santé néo-brunswickois.

Le deuxième risque associé à ce que l’éditorialiste François Gravel a judicieusement qualifié de «prise de pouvoir» par le premier ministre a trait à son manque de vision. S’il s’est débarrassé de sa ministre de la santé, Blaine Higgs n’a pas fait de même avec la stratégie qu’elle a concoctée pour «stabiliser» le système.  Or, cette stratégie, faut-il le rappeler, posait un diagnostic sévère mais son plan d’action équivalait à réarranger les chaises sur le pont du Titanic.

Le risque avec la purge du mois dernier, c’est que le premier ministre n’ait en bout de ligne que trouvé une façon plus efficace de réarranger ces chaises. En gardant le cap au niveau stratégique, la destination reste la même. Avec le temps qui passe, l’iceberg ne fait que s’approcher davantage.

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