Plus tôt cet été, le premier ministre Blaine Higgs faisait rouler presque toutes les têtes dirigeantes du système de santé néo-brunswickois.

Sous l’Ancien Régime, en France, il arrivait au roi de limoger un ou plusieurs de ses ministres lorsque certaines décisions ne passaient tout simplement pas parmi ses sujets. Souvent, en changeant de ministres, le régime changeait aussi de cap.

Or, Blaine Higgs n’a rien fait de tel avec sa purge. Aucun changement de stratégie n’a accompagné le bain de sang de juillet dernier.

Tout le monde sait pourtant depuis belle lurette que le système de santé est gravement malade et que les choses vont de mal en pis.

Mais de quoi souffre le système de santé, au juste? Il n’est sans doute pas exagéré de dire qu’il s’agit de la question de l’heure au Nouveau-Brunswick.

Au début de l’été, quatre acadiens bien connus jetaient la pierre contre le réseau de santé Vitalité, l’accusant d’être devenu un repoussoir. Depuis lors, le courrier du lecteur de l’Acadie Nouvelle déborde de lettres de citoyennes et citoyens préoccupés par l’état du système, posant leur diagnostic et offrant des pistes de solutions.

En lisant ces lettres—dont plusieurs ont été écrites par des gens ayant œuvré dans le domaine de la santé—on apprend énormément sur notre système. En fait, on en apprend bien davantage qu’en consultant la documentation officielle du réseau de santé Vitalité ou encore du gouvernement provincial.

Et c’est là que le bât blesse. Certes, on reprochera à ces lettres de ne refléter que l’expérience vécue par certains individus—ou encore du ouï-dire—plutôt que de nous offrir un état des lieux fiable et complet. Ce qu’il faut se demander, par contre, c’est pourquoi tant de gens se font un devoir de partager leurs points de vue sur la place publique.

En temps normal, la grande majorité des citoyens se font discrets. S’ils estiment que les choses sont entre de bonnes mains et que l’on ne leur cache rien, ils vont préférer vaquer à leurs occupations plutôt que de se mêler du travail de ceux qu’ils paient pour leur dispenser des services.

Cependant, lorsque les choses s’aggravent désespérément sans que personne dans les hautes sphères décisionnelles ne semble avoir l’intérêt ou encore la permission de leur donner l’heure juste, le lien de confiance finit par se rompre.

À ce moment-là, les plus braves parmi nous sortent de leur réserve pour sonner l’alarme. Ils cherchent tant bien que mal à combler le vide d’information laissé par les autorités et offrir des solutions pour se sortir du marasme.

Les moins braves, pour leur part, préfèrent se réfugier auprès de l’«homme fort» qui a la solution à tous les problèmes et qui promet de les protéger, si seulement on lui donne les coudées franches.

En santé, le Nouveau-Brunswick est à la croisée des chemins. L’un des deux mène à la transparence, au débat public sans peur de représailles et à la mobilisation des forces vives pour faire face au défi qui nous attend. L’autre mène à l’autocensure, à la division, au culte de la solution facile et au centralisme démotivant.

Cet été, Blaine Higgs a clairement signalé le chemin qu’il désire emprunter. En limogeant les membres des conseils d’administration des régies de santé, celui-ci a voulu en quelque sorte écarter la participation du public dans la gestion du système.

À en juger par l’intelligence et la vigueur de la réponse populaire dans les pages de l’Acadie Nouvelle, le premier ministre risque de rencontrer plusieurs obstacles de taille, sinon un barrage, sur son chemin.

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