La rencontre récente des trois premiers ministres des Maritimes avec leur homologue progressiste-conservateur de l’Ontario, Doug Ford, aura été l’occasion de réaliser encore une fois combien il est difficile de parler de réforme des soins de santé.

Interrogé en conférence de presse sur l’idée de recourir à des partenariats public-privé pour livrer certains services, le premier ministre néo-brunswickois Blaine Higgs s’est montré candide, affirmant que tout est sur la table pour augmenter l’efficacité dans la prestation des soins.

Selon certains reportages, il se serait ensuite empressé de souligner qu’il n’était pas question d’imposer de nouveaux frais aux usagers, mais il était trop tard. Le mot «privé» ayant été prononcé, les médias se sont emballés, les gens ont vu rouge et un tollé d’opposition s’est ensuivi.
Pourtant, ce n’est pas d’hier que le privé occupe une place fort importante dans notre système de santé.

Nos politiciens se plaisent à nous dire que contrairement aux États-Unis, les Canadiens ne sont pas obligés de sortir leur carte de crédit pour obtenir des soins de santé. En vérité, nous le faisons plus souvent que presque partout ailleurs dans le monde industrialisé. Le secteur privé accapare environ 30 pour cent des dépenses en soins de santé au Canada.

Derrière ce chiffre se trouve le fait que la couverture publique au Canada est profonde mais étroite.

Elle est profonde en ce sens que si ce dont vous avez besoin est considéré comme «médicalement nécessaire» par notre régime provincial d’assurance-maladie, vous n’avez pas un sou à payer. À cet égard, le Canada est plus socialiste que la Suède, où il est commun d’exiger des contributions des usagers.

Là où le Canada est beaucoup moins socialiste, cependant, c’est au niveau de l’étendue des soins couverts par le régime public.

Contrairement à la Suède, ni les médicaments, ni les soins dentaires ou de la vue ne sont couverts par l’assurance-maladie. Il nous faut donc obtenir ces produits et services sur le marché, comme aux États-Unis.

Les Canadiens sont donc loin d’être tous égaux en matière de soins de santé.

En fait, selon plusieurs observateurs internationaux, le système canadien ne serait ni efficace, ni équitable. Le Commonwealth Fund, par exemple, publie régulièrement un classement de 11 pays industrialisés, dont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. En 2021, dans son plus récent rapport, l’organisme plaçait le Canada à l’avant-dernier rang, tout juste devant les États-Unis, et ce tant au niveau de son rendement global qu’à celui de l’équité dans la prestation des soins.

Pour que le système soit plus équitable, il faudrait que l’accès aux soins pour les gens aux moyens modestes soit renforcé. Cela peut difficilement se faire sans un soutien financier accru du gouvernement. En ce sens, la place du privé dans le financement des soins devrait diminuer au lieu d’augmenter.

Ce n’est pas qu’au niveau du financement que le privé occupe une grande place au Canada. Celui-ci joue également un rôle de premier plan dans la prestation des soins, y compris ceux qui sont considérés «médicalement nécessaires» par l’assurance-maladie. La plupart des médecins par exemple, sont des fournisseurs privés rémunérés à l’acte et non pas des salariés.

La question de la rémunération des médecins soulève des enjeux complexes qui doivent être étudiés attentivement. La rémunération à l’acte est en quelque sorte un «accident historique», un compromis jugé nécessaire il y a un demi-siècle à la mise en place du régime canadien d’assurance-maladie. Il existe des modèles alternatifs, y compris celui où l’on verserait aux médecins un salaire de base assorti de primes accordées en fonction du rendement.

Comme de raison, en devenant salariés, les médecins ne seraient plus des fournisseurs privés, mais plutôt des employés du secteur public. En d’autres mots, en mettant tout sur la table, on ne doit pas automatiquement présumer qu’il faudra faire plus de place au privé. Qui sait, c’est peut-être l’inverse qui pourrait s’avérer le remède à prescrire.

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