Au Niou-Brunswick, tout le monde s’entend pour dire que ça prend plus d’immigrants pour combler la baisse du taux de natalité et l’affaiblissement démographique qui s’ensuit chez les francophones. En plus de contribuer à pallier le manque de main-d’œuvre. Et plusieurs s’imaginent qu’il suffit de lancer des chiffres en l’air pour que la situation se règle.

Mais les défis de l’immigration sont beaucoup plus lourds. Et surtout, il ne faut pas croire naïvement que tous ces nouveaux arrivants seraient ipso facto transformés du jour au lendemain en fiers Acadiens, ou en fiers francophones, qui endosseraient immédiatement toutes les revendications historiques, politiques, sociales, culturelles, économiques, éducationnelles et linguistiques de leurs nouveaux voisins!

Leur premier objectif serait de se loger, de trouver un emploi, de s’intégrer au jour le jour dans leur nouvel environnement. Et c’est au cours de ce long processus d’acclimatation qu’ils découvriront les hauts et les bas de la réalité du fait français au Niou-Bi.

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Tiraillés entre la nécessité de survivre et le besoin de s’épanouir, plusieurs d’entre eux seront enclins à chercher des solutions existentielles du côté de la communauté anglophone, plus nombreuse, plus riche, et surtout, plus en contrôle du pouvoir.

Et dans plusieurs cas, ils seront guidés vers cette communauté par des francophones. Ainsi, j’ai entendu de mon oreille absolue un représentant d’un collège communautaire situé en région francophone expliquer que tout était mis en œuvre pour accueillir un afflux d’immigrés. Jusque-là, ça va.

Mais dans la phrase suivante, ce représentant se réjouissait, en toute bonne foi, du fait que plusieurs des nouveaux immigrants recevaient déjà des cours d’anglais dans son collège communautaire!

Mais alors, quel autre message essaie-t-on de transmettre à ces nouveaux arrivants outre leur signifier qu’au Niou-Bi, même chez les francophones, ça se passe en anglais?

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Ce n’est que l’un des aspects problématiques de l’intégration des immigrants. Déjà qu’ils ont tendance à vouloir s’établir dans des centres urbains où ils pourront plus facilement retrouver des compatriotes, et où ils pourront plus facilement avoir accès à une panoplie de services. C’est tout à fait normal. Mais ça ne repeuple pas les régions.

Qui dit centres urbains dans cette province, dit automatiquement Saint John, Moncton, Fredericton. Normalement, ce serait vers ces lieux que chercheraient à s’installer de nouveaux arrivants. D’où l’extrême possibilité qu’ils finissent par s’intégrer massivement à la communauté anglophone.

Heureusement, il y en a qui s’installent au Madawaska, dans la Péninsule et au Sud-est. Mais peut-on vraiment croire que ces faibles contingents pourront endiguer la perte démographique des francophones, surtout en région rurale?

On peut se perdre en conjectures toutes plus généreuses les unes que les autres, toutes plus positives, toutes plus confiantes les unes que les autres pour tenter de régler cette situation. Mais la réalité nous rattrape toujours: la démographie française décline, et le déclin du français s’accentue.

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En février dernier, Ottawa dévoilait son nouveau plan en matière d’immigration. Le but avoué du plan est de «combler les pénuries de main‑d’œuvre et favoriser la croissance de l’économie canadienne». En aucun temps, on indique une intention d’aider aussi à combler la pénurie de francophones!

C’est ainsi qu’aux 450 000 nouveaux résidents permanents accueillis en 2021, le gouvernement Trudeau vise à en accueillir 431 645 en 2022, 447 055 en 2023 et 451 000 en 2024.

À l’égard de la francophonie canadienne, le plan précise: «nous cherchons à atteindre une cible de 4,4% d’immigrants d’expressions française à l’extérieur du Québec d’ici 2023».

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Disséquons la phrase: «Nous cherchons à atteindre». Autrement dit, nous tentons, nous espérons. C’est un vœu. Rien de garanti. Ensuite: «atteindre une cible». Autrement dit, nous visons, mais on ne sait pas si on atteindra la cible.

Bref, voilà officiellement une belle phrase qui donne l’impression de promettre quelque chose mais qui est écrite de manière tellement bureaucratiquement subtile que la plupart des gens qui la lisent ne prennent pas conscience que le gouvernement est déjà en train de laisser entendre que cette «promesse» ne se réalisera pas!

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Et maintenant, examinons les chiffres arrondis. 430 000 immigrants en 2022. Dix pour cent, c’est 43 000. Et on en prévoit seulement autour de 20 000 pour les francophones face aux 400 000 pour les anglophones?

Et le gouvernement pense sérieusement combattre le déclin du fait français au Canada en jetant une poignée d’immigrants francophones dans une mer de 37 millions de Canadiens où les francophones hors-Québec ne représentent que 3,3% de la population?

Et le gouvernement pense que ce demi-million de nouveaux arrivants va se jeter sur la langue française en déclin pour s’épanouir au Canada?

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C’est pathétique. Non, pire que ça: cette politique est tragique pour les francophones. Si le fédéral avait un plan secret pour faire disparaitre le fait français au Canada, il ne s’y prendrait pas autrement.

Étant donné la faiblesse actuelle de la francophonie canadienne, ce n’est pas un insignifiant 4,4% qu’un gouvernement fédéral qui aurait vraiment à cœur de la protéger mettrait de l’avant, mais ce serait de viser à augmenter d’un bon 100 000 par année le nombre de francophones au pays.

C’est bien beau un plan fédéral en matière d’immigration pour combler la pénurie de main-d’œuvre, mais à quand un plan fédéral d’immigration aussi ambitieux pour favoriser l’essor de la francophonie canadienne?

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Y a-t-il une seule personne en Acadie qui puisse sérieusement croire que l’arrivée de quelques centaines d’immigrants francophones par année dans les régions francophones suffira à mettre fin au déclin du français et à l’assimilation? Surtout si l’on s’empresse de leur donner des cours d’anglais dans les régions francophones?

En fait, le fédéral tente de noyer le poisson avec son petit quota de 4,4% «réservé» à la francophonie canadienne. Bref: 20 000 personnes par année réparties sur neuf provinces et trois territoires! Alors que ça en prendrait plus que ça par année seulement pour l’Acadie!

Han, Madame?

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