On ne pourrait imaginer meilleure combinaison que ces deux œuvres toutes deux réalisées avec sincérité et authenticité. Je vous présente le recueil de récits autobiographiques de Raymond Breau et le nouvel album de Richard Séguin. Ces deux artistes ont chacun à leur façon marqué le paysage culturel francophone.

Marcher – mes cinq saisons, Raymond Breau

C’est bien connu, la marche contribue à maintenir la forme autant physique que mentale. Pour Raymond Breau, la marche dans la nature est aussi une façon d’observer le temps qui passe, l’humanité et le passage des saisons.

«Étant un visuel jumelé à un auditif, j’ajouterais que chacune des saisons me fait voir ses effets sur les êtres et entendre la musique qui lui est propre», souligne dans son prélude l’écrivain et auteur-compositeur-interprète originaire de Covedell près de Tabusintac.

Il explique que marcher c’est aussi synonyme d’avancer, de partager, d’aimer et de vivre. Ce recueil d’autofictions rassemble 32 nouvelles parcourant différents lieux à travers les quatre saisons en plus d’une cinquième qu’il a imaginée pour remplacer l’année que la pandémie nous a volée, dit-il. Les récits racontent des moments de sa vie, certains étant plus récents, d’autres plus lointains. Premier lauréat du Gala de la chanson de Caraquet, en 1969, Raymond Breau confie que c’est maintenant dans la prose qu’il trouve la musicalité des mots.

Écrit aussi un peu comme une chronique, il livre ses réflexions à l’égard de différents événements. On y retrouve également des textes poétiques et des paroles d’une chanson inédite La fête à Johnny. C’est touchant, parfois un peu cocasse, tout en fournissant un aperçu sincère et authentique de sa vie. Certaines histoires m’ont particulièrement touchée, dont celles qui portent sur la boîte à chansons la Grange à Johnny, un projet qui tenait à coeur à l’auteur, témoignant de sa détermination à réaliser son rêve. Il y a aussi le récit sur l’horloge grand-père de son pépère. Son grand-père n’a jamais voulu passer à l’heure avancée.

Raymond Breau a écrit ces lignes en écoutant les Quatres saisons de Vivaldi, une œuvre qui l’a profondément marquée. On apprend, entre autres, qu’il a eu le projet d’écrire un roman d’anticipation qu’il a abandonné puisque la réalité a rattrapé la fiction.

Il revient sur plusieurs épisodes de sa vie, souvent en lien avec son village natal, sa famille et le fameux Choeur de la Colline. Il y a aussi des histoires toutes simples comme lorsqu’il a adopté son chat. Sa plume est limpide, bien que certains récits m’ont un peu moins intéressée que d’autres. Bref, ce recueil conçu un peu comme un journal intime magnifié nous fait découvrir différentes facettes de l’artiste qui, en 2020, célébrait ses 50 ans de musique. (Éditions de la Francophonie, 2021). ♥♥♥

Les liens les lieux, Richard Séguin

S’il y a un auteur-compositeur-interprète qui est inspirant, c’est bien Richard Séguin. Cinq ans après son album consacré à Henry David Thoreau, le chanteur revient avec un nouvel opus intimiste, apaisant, porté par sa voix chaleureuse. Impossible d’y résister. Différents auteurs ont contribué aux paroles. L’album s’ouvre sur la poésie d’Hélène Dorion saluant la beauté du monde malgré le chaos.

Il chante cette poésie longuement réfléchie, tout doucement, lentement, sans trop pousser sa voix, parfois tel un murmure. Sa musique aux orchestrations délicates fait du bien et nous enveloppe. Dix pièces composent ce nouvel album introspectif, inspirées par la famille, la compassion, l’espérance, les troubles dans le monde, l’amour du territoire, des lieux d’appartenance, le combat écologique…«Je veux d’un monde sans délire, je veux le monde à embellir…», chante-t-il dans Puisque.

On est touché par ses mots. En écoutant la pièce Tout près des trembles, l’émotion remonte. L’auteur-compositeur-interprète à la feuille de route bien garnie dédie cette chanson à sa mère. «C’est grâce à toi s’il y avait des livres / C’est grâce à toi le piano du salon…/ Tout près des trembles, c’est ta voix qui me manque…»

Et la voix de Richard Séguin nous manquait aussi depuis quelque temps. Cinq années séparent ses deux albums. La pièce Le garage évoque son père. Les paysages et le passage des saisons traversent son oeuvre qui suscite l’émerveillement. «J’aurai retrouvé ce qui nous fait rêver alors je marcherai sous un ciel plus léger alors je chanterai pour tout redonner…» (extrait d’Être ici)

S’il reprend ses thèmes de prédilection, il reste que la manière de les aborder est un peu différente. La révolte est moins directe et plus poétique. L’album Les liens les lieux sort ce vendredi. ♥♥♥½

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