Le 4 septembre dernier, avec une majorité de 62%, les Chiliens ont rejeté le projet de réforme de la Constitution. La campagne référendaire, qui aura mené à la victoire du «non», a été marquée par la désinformation et les «fake news».

Ce projet de nouvelle constitution découlait du mouvement de révolte populaire et sociale de l’automne 2019 suivi du référendum d’octobre 2020, où une grande majorité des électeurs s’étaient prononcés en faveur d’une nouvelle constitution. Le projet de nouvelle constitution devait remplacer celle édictée en 1980, sous la présidence d’Augusto Pinochet, et permettre de tourner la page des sombres années de la dictature.

La Constitution de 1980 avait été rédigée sous l’influence des «Chicago Boys», ce groupe d’économistes chiliens formés à l’Université de Chicago par l’économiste Milton Friedman qui était un ardent défenseur du libéralisme. Cette constitution prônait donc un État très libéral et, dictature oblige, laissait peu de place à quelconque forme d’opposition.

D’une certaine façon, le projet de nouvelle constitution était en réaction au «modèle chilien», faisant du Chili une sorte de laboratoire de politiques néolibérales en Amérique latine, qui avait parfois eu un certain succès économique, mais qui avait surtout causé une immense fracture sociale. Un vent de protestation avait mené à d’importantes manifestations en 2019, contre les inégalités sociales et le modèle néolibéral, qui ont alimenté la réflexion vers une nouvelle constitution.

Ainsi, le projet de nouvelle constitution chilienne cherchait à garantir un certain nombre de droits sociaux, notamment en ce qui concerne la santé, l’éducation, la retraite et le logement. Il s’intéressait aussi à la parité, au droit à l’avortement de même qu’à la reconnaissance des peuples autochtones.

Le texte se souciait de la protection de l’environnement et des groupes plus marginalisés tels que les femmes, la communauté homosexuelle et les handicapés. Il y avait aussi une volonté de décentralisation en donnant plus de pouvoirs aux régions.

Le texte du projet de constitution chilienne déclarait que le pays est un «État social et démocratique de droit», «plurinational, interculturel et écologique», et même une «République solidaire» dans une démocratie «inclusive et paritaire». Il était clairement associé au progressisme ce qui explique en partie le faible enthousiasme de la droite et surtout de l’extrême droite.

Qui plus est, comme plusieurs élections depuis la dernière décennie, la campagne référendaire n’a pas été épargnée par les «fake news» et la désinformation. Plusieurs publications, notamment sur les réseaux sociaux, présentaient le texte du projet de constitution comme un brûlot gauchiste.

Les pires mensonges ont circulé sur les réseaux sociaux grâce à des relais d’extrême droite. On a particulièrement misé sur un nationalisme identitaire en déclarant que les symboles nationaux, notamment le drapeau, l’hymne national et même le nom du pays, allaient être changés dû aux revendications des minorités.

Également, semblable avec ce qui s’est passé au Royaume-Uni avec le Brexit en 2016, on remarque une différence entre le milieu urbain, notamment la capitale Santiago plus progressiste et favorable au «oui», et les milieux ruraux plus conservateurs qui ont davantage voté «non». Il est aussi logique de croire qu’une partie du vote pour le «non» n’était pas tant un rejet du projet de nouvelle constitution, mais plutôt l’expression d’un mécontentement envers le gouvernement actuel notamment dû à la crise migratoire, l’inflation et l’insécurité.

Puisque le projet de nouvelle constitution était associé au progressisme, la défaite référendaire est parfois perçue comme un échec de la gauche. La gauche avait pourtant le vent en poupe, non seulement au Chili avec l’ancien leader étudiant à la tête d’une coalition de gauche Gabriel Boric, mais dans toute l’Amérique latine.

En août dernier, Gustavo Petro est devenu premier président de gauche élu en Colombie, sans compter la Bolivie, le Pérou et le Honduras qui ont tous élu récemment des gouvernements de gauche. La défaite du référendum chilien est peut-être signe d’un essoufflement d’une nouvelle gauche qui a pris le pouvoir sur le continent sud-américain et est de mauvais augure pour les partisans de Luiz Inácio Lula da Silva qui affrontera le «Trump des tropiques» Jair Bolsonaro lors des élections présidentielles brésiliennes qui auront lieu en octobre prochain.

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