En cette veille de la Journée j’achète un livre du Nouveau-Brunswick, j’aurais pu vous parler de tellement d’ouvrages, mais mon choix s’est arrêté sur deux récits publiés il y a quelques années, qui m’ont particulièrement ému chacun à leur façon. Tout d’abord le récit d’une femme qui accompagne son père en fin de vie et puis celui de Daniel Léger sur son long périple de six mois à la marche dans les Appalaches.

Chambre 503, Hélène Harbec

Chambre 503, c’est la chambre au cinquième étage d’un établissement de santé au Québec où se trouve un homme qui se dirige lentement vers la mort. À son chevet, sa fille (l’auteure) qui assiste, de manière impuissante, à la souffrance de son père et à sa dégradation physique. Pendant une année et demie, elle note dans son cahier tout ce qui se déroule dans la chambre, les soins quotidiens, les repas, les échanges, les allers-retours à la salle de bains, les promenades, les visions, les états d’âme, les moments d’intimités, les souvenirs, les rires et les rebuffades.

Dès les premières lignes du récit, on est happé et on sait que nous sommes en face d’un récit d’une grande justesse et lumineux, bien qu’il soit question de la mort. Un sentiment d’attachement profond se dégage entre une fille et son père. C’était la première fois que je lisais un récit d’une telle sensibilité sur ce sujet.

«Je crois avoir vu une larme dans le coin de son œil. Je reviens sur mes pas. Je t’aime papa. Moi aussi, chuchote-t-il. Pense à moi, protège-moi… Je prends l’avion demain matin pour Moncton. C’est vrai, tu pars.»

En entrevue lors de la sortie du livre, l’auteure avait déclaré qu’il ne s’agit pas d’un livre de réflexion sur la mort, mais le voyage d’un père et d’une fille dans une chambre où l’itinéraire est d’aller vers la mort. «On ne sait pas c’est quoi et quand elle arrivera», avait-elle alors affirmé.

Elle ne pose pas de jugement. C’est avec une extrême finesse qu’elle relate tout ce qui se déroule dans la chambre, les beaux comme les moins beaux moments. À aucun instant, elle n’utilise un ton larmoyant, ne tombe dans le sensationnalisme ou encore le mélodrame. C’est ce qui est remarquable avec ce récit. En lisant son histoire, on ne peut faire autrement que de réfléchir à la mort.

Bien que ce soit une histoire vécue, il s’agit d’une véritable œuvre littéraire. Paru en 2009 et réédité en 2012, Chambre 503 est le 7e livre de l’écrivaine de Moncton qui depuis, a publié au moins quatre autres ouvrages. En 2018, Hélène Harbec a remporté le Prix quinquennal Antonine-Maillet-Acadie-Vie qui couronne l’ensemble de l’oeuvre d’une artiste. (Éditions David, 2009). ♥♥♥♥

Objectif Katahdin, Daniel Léger

«Je vomis en marchant. Mais je dois continuer. Je vomis encore et encore, moi qui suis seul dans les bois de la Pennsylvanie à 22 milles de toute route. Je me sens fiévreux et mon corps est parcouru de frissons….», ainsi s’ouvre le récit de voyage de Daniel Léger sur le sentier des Appalaches.

À l’âge de 20 ans, le musicien et cinéaste est parti seul avec son sac à dos de 45 livres et une petite guitare empruntée sur ce sentier avec comme objectif de parcourir les 3500 kilomètres jusqu’au mont Katahdin. Il a entrepris ce voyage malgré la peur, les nombreux avertissements et l’incompréhension de ses proches. «Avant de partir, ma mère me demandait sans arrêt pourquoi je tenais à marcher dans les bois pendant si longtemps.»

Surnommé Koonacky, le randonneur acadien a dû traverser plusieurs épreuves. À un certain moment, il a interrompu son voyage afin d’être hospitalisé en raison d’une infection à la jambe, pour ensuite reprendre la route. Il poursuit son voyage à son rythme, sans chercher à faire compétition. Il a terminé les 15 derniers milles avec son père dans la forêt du Maine.

Ce récit qui peut s’adresser autant aux jeunes lecteurs qu’aux adultes met en lumière la détermination d’une personne à atteindre un but. Comme quoi tout peut devenir possible pourvu qu’on soit persévérant, têtu et déterminé, et ce, peu importe le rêve que l’on a. Pendant le voyage, il a tenu un journal. Ce n’est peut-être pas la plus grande œuvre littéraire que j’ai lue dans ma vie, mais elle a le mérite d’être vraie et authentique. On est captivé par cette expédition palpitante. Il surmonte des difficultés que bien des êtres humains auraient du mal à traverser. Il relate aussi les rencontres et les événements inattendus qui se présentent à lui tout au long de sa route. C’est raconté avec humour et sensibilité. Dans ce livre, l’auteur témoigne à la fois des forces et des faiblesses de l’humanité. (Éditions Perce-Neige, 2015).♥♥♥½ n

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