Reine, mais aussi gouverneure et sœur

Je ne serai pas original si je parle de la mort de la reine aujourd’hui. Beaucoup d’autres l’ont fait avant moi. Depuis une semaine, on n’en a que pour elle! On fait l’éloge de sa personne: son sens du devoir, sa loyauté et son respect des institutions. Parfois, certains font entendre un bémol ou deux; je trouve qu’ils sonnent juste dans cette symphonie d’hommages.

Pour ne pas ressasser ce qui a déjà été dit, je voudrais me limiter à un titre de la reine: gouverneure suprême de l’Église d’Angleterre. Non pas chef de cette Église, comme Henri VII l’avait souhaité lors de sa rupture avec Rome en 1534. Sa fille, Élisabeth I, a changé ce titre pour celui de gouverneur suprême, arguant que seul Jésus-Christ pouvait être chef de son Église.

L’Église et la monarchie sont intimement liés. Depuis une semaine, nous sommes témoins des prières funèbres à chaque moment de passage du cercueil. Ce lundi, les funérailles mettront en valeur une liturgie solennelle. Et lorsque Charles III sera couronné, ce sera dans le cadre d’une cérémonie religieuse présidée par l’archevêque de Cantorbery, primat de l’Église. Il recevra l’onction royale, comme cela est raconté dans la Bible. Parce qu’il est le roi du peuple, mais choisi par Dieu.

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L’Église anglicane est l’une des plus grandes Églises protestantes, mais si proche du catholicisme. Face au refus du pape de pouvoir divorcer de son épouse, Henri VIII nomma un primat d’Angleterre favorable à ses fins et se fit nommer chef de cette Église. Coupée de Rome, l’Église d’Angleterre se rattacha à la doctrine protestante en plein essor. Celle-ci insistait sur l’autorité de la Bible et sur les sacrements du baptême et de l’eucharistie. L’anglicanisme garda une structure ecclésiastique de type romain avec évêques et prêtres.

Au fil du temps, l’anglicanisme va s’adapter et prendre différentes formes dans les régions où l’Empire britannique étend son pouvoir. Aujourd’hui, la moitié des Anglicans vivent hors de la Grande-Bretagne. De plus, trois tendances (la High Church, la Low Church et la Broad Church) sont regroupées dans la Communion anglicane.

Depuis le commencement, le rôle du souverain est formel: il n’a pas trop d’incidences sur les affaires courantes de l’Église. Son travail en est souvent un d’équilibriste pour trouver une harmonie entre les Églises nationales du Royaume-Uni (Écosse, pays de Galles et Irlande du Nord) et celles d’ailleurs. Mais il y a plus que les autres chrétiens dont il faut tenir compte désormais.

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Bien que l’anglicanisme soit né et se soit développé sur une île, cette Église ne vit pas sous une cloche de verre. Moins de la majorité des Britanniques se déclarent anglicans de nos jours. De plus, les mouvements migratoires ont fait converger des gens de diverses croyances à Londres et dans la campagne anglaise. Le mouvement de sécularisation ébranle aussi les assises de la religion.

Conscient de cela, Charles III a déjà dit qu’il voyait son rôle de (futur) roi comme celui de «protecteur des croyances». Cela avait créé une onde de choc puisque la fonction de gouverneur de l’Église anglicane l’amène à être «protecteur de la foi anglicane», selon les termes en cours depuis 1571.

Il y a plus que le contexte contemporain qui explique l’ouverture de Charles III aux autres croyances. Il a grandi dans un milieu où la présence calviniste était importante; son père Philip, avant son mariage, était de confession grecque orthodoxe; il a étudié le Coran et n’hésite pas à aller vers les musulmans lors des fêtes inscrites à leur calendrier. Il sait que son rôle de roi l’amène à régner sur l’ensemble de la population du Royaume-Uni et du Commonwealth.

Même sans l’existence du concept de laïcité, il veut être respectueux des aspirations spirituelles de tous.

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À sa manière, Charles III veut marcher dans les sillons de sa mère. Au cours du règne de Élizabeth II, des rapprochements importants ont eu lieu entre l’Église anglicane et le catholicisme.

Ainsi, en 1982, la reine a invité Jean-Paul II à visiter son pays; avant lui, aucun pape en fonction ne s’était rendu en Angleterre. Et quelques années plus tard, la reine avait accepté d’aller prier les Vêpres (prière du soir) à la cathédrale catholique de Londres. Ce n’est pas être démagogique d’attribuer la tenue de ces événements à l’ouverture d’esprit de la reine.

J’irais plus loin en disant que cela est probablement le fruit de son évolution spirituelle et de sa prière. Pour moi, il est impossible de se nourrir de l’enseignement du Christ dans sa propre tradition religieuse, sans tendre vers l’unité avec les autres.

Plusieurs l’ont remarqué: la foi de Élisabeth II n’était pas uniquement liée à son rôle public. Elle avait aussi une foi personnelle qui transparaissait dans ses discours. À cause de cela, elle était plus qu’une reine, aussi une sœur dans la foi.

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