Le 14 septembre, les députés membres du Comité permanent des comptes publics de l’Assemblée législative ont eu l’occasion d’interroger les dirigeants d’Alcool NB pour la première fois depuis la parution du plus récent rapport du vérificateur général Paul Martin en juin dernier.

Dans son rapport, ce dernier formulait deux grandes critiques à l’endroit de la société de la Couronne. D’une part, il lui reprochait des «décisions inexpliquées» en matière d’établissement des prix, lesquelles réduiraient sa rentabilité. D’autre part, il déplorait qu’Alcool NB ne se soit toujours pas dotée d’un plan formel pour le développement de l’industrie locale des alcools, ce malgré qu’elle ait été mandatée par le gouvernement à deux reprises au cours de la dernière décennie d’en développer un.

Depuis déjà belle lurette, Alcool NB ne poursuit essentiellement qu’un seul objectif, soit celui de maximiser ses profits. Il est donc important d’évaluer la preuve ayant mené le vérificateur général à conclure que la société de la Couronne manquerait à sa tâche fondamentale.

D’emblée, le vérificateur général s’est fait prudent, s’étant gardé de critiquer les résultats financiers globaux d’Alcool NB. Fidèle à sa vocation, il s’est plutôt concentré sur le respect des procédures internes et l’étendue de la documentation produite par la société de la Couronne pour justifier ses décisions. En gros, Paul Martin a reproché à Alcool NB de ne pas être suffisamment bureaucratique.

Or, si le vérificateur général s’était penché plus attentivement sur le rendement financier d’Alcool NB plutôt que sur sa capacité de produire toute la paperasse qu’il estime nécessaire, son rapport aurait sans doute offert un portrait très différent de la société de la Couronne.

L’une des façons d’évaluer le rendement financier d’Alcool NB est de la comparer à ses homologues provinciales. Plus particulièrement, il faut la comparer à ses pairs dans les provinces ayant un système semblable au nôtre, c’est-à-dire où une société de la Couronne enregistre l’ensemble des ventes d’alcool sur son territoire en tant que revenus dans ses états financiers. Elles sont au nombre de cinq : l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse, le Manitoba, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique.

Comme de nombreux facteurs influencent la rentabilité des ventes d’alcool, il faudrait examiner un grand nombre d’indicateurs pour comparer rigoureusement Alcool NB à ses pairs. Cela dit, pour se faire une idée rapide, nous pouvons nous tourner vers une donnée qui en dit déjà long, soit la marge bénéficiaire nette, qu’il faut voir comme le profit dégagé pour chaque dollar de produit vendu. Plus ce chiffre est élevé, plus une entreprise est rentable.

Pour l’exercice 2020-21, Alcool NB a dégagé un profit de 39,4 cents par dollar de vente. Parmi ses cinq pairs, seule celle de la Saskatchewan a fait mieux (41,7 cents). Alcool NB devançait nettement son homologue néo-écossaise (34,6 cents) et laissait celle de l’Île-du-Prince-Édouard encore plus loin derrière (27,3 cents).

C’est donc dire qu’Alcool NB s’acquitte plutôt bien de sa tâche principale, soit faire de l’argent à vendre de l’alcool aux néo-brunswickois.

L’autre grand reproche adressé à Alcool NB, soit celui de ne pas en faire assez pour le développement de l’industrie locale, est cependant plus sérieux. Il éclabousse non seulement la société de la Couronne, mais aussi son propriétaire, le gouvernement du Nouveau-Brunswick. Après tout, si ce dernier avait vraiment tenu à cœur qu’Alcool NB se dote d’un plan digne de ce nom, il ne lui aurait pas permis d’esquiver cette tâche pendant une décennie.

Lors de la réunion du 14 septembre, certains députés se sont demandés si Alcool NB était le bon véhicule pour promouvoir l’essor de l’industrie. C’est une bonne question. Ce qui est clair, cependant, c’est que tant et aussi longtemps qu’Alcool NB sera le seul acheteur pour tout l’alcool vendu au Nouveau-Brunswick, celle-ci ne pourra complètement se laver les mains de cette responsabilité sans nuire aux producteurs locaux.

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