Loin. Être loin de chez soi, de sa famille, de ses amis, de sa terre natale, ce n’est jamais facile. Mais quand cette terre-là se fait labourer à grand coup de vent un peu trop pical à mon goût, c’est autre chose. Dans ce cas-là, le loin s’éloigne encore plus.

Impuissant. On aimerait ça rejoindre les nôtres pour vivre cela main dans la main avec eux. Partager l’angoisse, disperser le stresse sur davantage d’épaules, se tracasser en gang. Me semble que c’est moins pire que de vivre ça chacun de son bord du golfe. Assister à tout ça, alors que personne n’y peut rien. Parce que c’est aussi ça, le drame. La nature est plus forte que nous. Un point, c’est tout. Reste assis et subit, mon homme.

S’informer. Toujours. Chaque heure. Chaque minute. Seconde, même. Pour être sûr de ne rien manquer, comme si on y pouvait quelque chose. Comme si de le savoir mettait un baume sur l’espèce de culpabilité étrange reliée au fait de ne pas être sur place. Pourtant, quand ils ont commencé à annoncer un ouragan pour les Îles, je suis certain que j’ai eu la même réaction que pas mal tous les Madelinots: j’ai ri. Ri de leur pré-panique. J’ai revu dans ma tête les centaines d’autres fois où on nous avait prédit un ouragan mais qu’on ne se ramassait finalement qu’avec sa queue. Même pas ce qu’il faut pour que ça vaille la peine de sortir nos cerfs-volants et nos vire-vent. Quand j’étais petit, je confondais «ouragan» et «dragon», alors je suis souvent sorti dehors pour vérifier si je ne verrais pas un genre de queue pointue de dragon voler dans le ciel sans l’animal cracheur de feu qui allait avec. Juste la queue… Chaque fois, j’étais terriblement déçu.

Réseaux. Une chance qu’on avait les réseaux sociaux pour se tenir au courant. Je ne suis pas fier de ceux ou celles qui ont défié la consigne de rester à la maison par souci de sécurité et qui ont préféré sortir au péril de leur vie par souci de photos et de vidéos. Mais, en même temps, c’est un peu grâce à eux si nous avons pu suivre le combat. Dans le passé, j’ai déjà suivi des événements de lutte à la télé payante en lisant des résultats en direct sur Internet parce que je n’avais justement pas la télé payante chez nous. Je rafraîchissais la page aux secondes pour être sûr de ne rien manquer. C’était la même chose avec l’ouragan. Un peu plus et je recevais de la pluie et des coups de vent dans la face tellement c’était comme si j’y étais.

Fiona. Toi, t’en étais une vraie. Une capable! Les météorologues ne se sont pas trompés cette fois-ci. Mais heureusement, on n’avait pas pris de chance et on s’était préparé. Avec tous ces changements climatiques et ces tempêtes de plus en plus fréquentes et de plus en plus fortes, on commence à se dire de plus en plus qu’on est de moins en moins à l’abri.

Fragile. Petit paquet d’îles, en plein milieu d’un golfe, d’un océan… Quand la mer se déchaîne, quand les vents se lèvent et vous soufflent leur cent cinquante km/h dans le visage, que faire sinon fermer les yeux pour prier que tout tienne le coup. Un milieu comme les Îles, avec la délicatesse de ses dunes et la friabilité de ses caps, difficile de croire que des tempêtes à répétition comme Dorian et Fiona ne finiront pas par avoir le dessus sur notre bonne volonté.

Résistance. Tu pensais nous avoir, Fiona? Tu croyais que Madeleine se laisserait passer sur le corps? Elle en a vu d’autres, tu sais? Elle a résisté. Oui, tu l’as écorchée, mais elle est encore debout. Fière. Portée à bout de bras par ses filles et ses fils qui ne cesseront jamais de la protéger contre vents et marées. Contre ouragans et dragons.

Matériel. C’est vrai, ce n’est que du matériel, et ce qui compte c’est qu’il n’y ait pas eu de blessé ou de mortalité.

Cela étant dit, c’est rarement que du matériel. Derrière le bateau brisé, il y a un rêve brisé. Derrière le voilier perdu, il y a un projet de retraite perdu. Derrière les quais endommagés, il y a un paquet de souvenirs tout aussi endommagés. Il y a de l’argent à réinvestir et il y a du temps à perdre. Réparer ça, c’est réparer le matériel seulement. Pas nécessairement tout ce qui venait avec.

Réparer. Nettoyer. Maisons. Bateaux. Chemins. Marinas. Trouver des solutions pour les plages et les caps rongés. En espérant que Dame Nature laissera Madeleine se reposer. Elle a eu un gros été de visiteurs, elle a eu un ouragan. Elle a mérité ses vacances, elle aussi.

Résilience. Ce mot à la mode et souvent galvaudé qu’on lance à tout vent, mais qui, dans ce cas-ci, prend tout son sens. Pas le choix de se retrousser les manches, sinon qui va le faire à notre place? Quand on veut protéger sa maison, on n’attend pas que quelqu’un vienne le faire pour nous. C’est la même chose avec une île. Tu t’habitues à faire tes affaires. On s’entraide, on se tient, on se supporte. On est fier.

On t’aime, Madeleine, et on va continuer de te protéger du mieux qu’on peut. Contre vents et marées. Contre ouragans et dragons.

Du mieux qu’on peut.

On se r’parle!

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