Même si elle est loin d’être nouvelle, l’incapacité du gouvernement de Blaine Higgs de prévoir ses revenus et ses dépenses demeure tout simplement ahurissante.

On connaît tous désormais les grandes lignes de cette histoire, alors nous allons résumer. Lors de son budget de mars 2021, le ministre des Finances et du Conseil du Trésor Ernie Steeves prévoyait un déficit de 245 millions $. Jeudi dernier, on apprenait que loin de nager dans l’encre rouge, le gouvernement avait en fait enregistré ce qui est de loin le plus grand surplus de l’histoire du Nouveau-Brunswick, soit 777 millions $. On parle donc d’une erreur de prévision d’un peu plus d’un milliard $ sur un budget d’environ 10 milliards $.

Si l’on se fie au passé, le gouvernement de Blaine Higgs va sans doute faire des pieds et des mains pour nous convaincre de la situation inusitée dans laquelle il se trouvait le gouvernement l’an dernier.

Il nous dira, par exemple, qu’il ignorait combien d’argent Ottawa allait nous envoyer pour nous aider à composer avec les dépenses supplémentaires liées à la pandémie. Il nous dira également que l’on n’aurait pas pu prévoir l’explosion démographique qu’a connue le Nouveau-Brunswick, ni la poussée inflationniste qui lui a permis de s’enrichir sur le dos de ses contribuables.

Tout cela est en partie vrai. Ce que le gouvernement ne nous dira sans doute pas, par contre, c’est que les surprises, ça va dans les deux sens. Ainsi, n’eût été l’importante somme ponctuelle en paiements rétroactifs accordée dans le cadre des conventions collectives conclues avec différents syndicats, le surplus aurait frisé le milliard de dollars l’an dernier.

Bref, le gouvernement va trouver mille excuses pour son incapacité de prévoir ses entrées et ses sorties de fonds, la meilleure étant bien sûr de nous rappeler qu’il n’est pas le seul à s’être trompé.

Il ne faut pas cependant lui donner l’absolution sans confession. Le gouvernement Higgs a été loin d’être transparent dans sa façon de faire les choses. Il s’est plutôt comporté en bon adepte de Machiavel, allant même jusqu’à nous cacher les chiffres tant qu’il l’a pu l’automne dernier, alors qu’il était en négociations avec plusieurs importants syndicats de la fonction publique.

Cet épisode en dit d’ailleurs long sur l’aveuglement volontaire du gouvernement. À l’automne dernier, celui-ci savait que notre croissance économique allait friser le cap du 10 pour cent, alimentée par l’inflation et la forte reprise après la brève, mais profonde récession de 2020.

Comme tout économiste digne de ce nom le sait très bien, la croissance des recettes en taxes et autres impôts est étroitement liée à la croissance économique. Sans grande surprise, les recettes du gouvernement ont fait un bond spectaculaire de 13 pour cent. Le gouvernement provincial, par contre, ne prévoyait à l’automne qu’une maigre hausse de moins de trois pour cent. Heureusement que le ridicule ne tue pas.

La publication des chiffres finaux la semaine dernière met fin au festival d’erreurs de prévision de l’année financière de 2021-2022. Il faut maintenant se tourner vers l’avenir.

Le simple fait que le gouvernement ne prévoit qu’un surplus de 136 millions $ cette année alors qu’il a déjà enregistré un surplus de cette taille pour les trois premiers mois de l’année laisse entendre qu’il n’a pas appris sa leçon. Il sous-estime encore sans doute l’ampleur de sa marge de manœuvre.

J’ai déjà argumenté dans l’espace réservé à cette chronique que le gouvernement est maintenant dans une position financière enviable pour délier les cordons de la bourse. Ce ne sont pas les priorités qui manquent.

La pire erreur que pourrait faire le gouvernement, cependant, c’est d’aller s’imaginer que l’on peut se permettre une baisse importante d’impôt. Peu importe combien riche nous pouvons nous sentir maintenant, le gros des dépenses nécessaires à s’assurer que nos aînés vieillissent dans la dignité est toujours devant nous.

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