L’ajout récent du homard et du crabe des neiges à la liste rouge des espèces à ne pas consommer de l’organisme Seafood Watch ne plaît sans doute pas à tout le monde, reste qu’au niveau de la littérature scientifique, le constat est clair: la production et la consommation de produits animaux ne sont pas sans conséquence sur l’environnement, le climat et bien évidemment, les animaux.

En effet, même s’il est parfois incommodant d’en parler, cela ne change rien au fait que l’agriculture animale est l’une des causes principales des changements climatiques ainsi que de nombreux autres enjeux écologiques, dont la perte de biodiversité qui représente assurément l’un des plus grands défis du 21e siècle.

Selon l’évaluation de référence du Fonds mondial pour la nature (WWF) publiée le jeudi 13 octobre dernier, la planète a perdu en moyenne 69% de ses populations d’animaux sauvages vertébrés en 50 ans seulement. Le constat est tout aussi désastreux lorsque nous incluons dans l’équation les invertébrés, les plantes et les coraux. Cette perte catastrophique de biodiversité n’est pas étrangère à l’émergence de l’élevage intensif ainsi qu’à l’augmentation de la production et de la consommation de viandes et de poissons, puisque selon le même rapport, la majeure partie de cette perte est attribuable à la destruction des habitats naturels engendrée par ces activités.

Sur les 28 000 espèces évaluées comme étant menacées d’extinction sur la liste rouge de l’UICN, l’agriculture et l’aquaculture sont considérées comme une menace pour 24 000 d’entre elles. En Alaska, des milliards de crabes des neiges manquent à l’appel et pour la toute première fois de l’histoire, la saison de pêche 2022-2023 vient d’être annulée. Sans surprise, la pêche abusive de l’espèce est l’une des causes de ce déclin, au côté des changements climatiques et des prises accessoires. Bref, aujourd’hui, les données scientifiques pointent vers le fait que nous assistons au début de la 6e extinction de masse de l’histoire de la Terre et que contrairement aux précédentes extinctions, qui furent toutes causées par des phénomènes naturels, celle-ci est entièrement due à l’activité humaine; en grande partie, à son régime alimentaire.

Outre le fait que l’exploitation animale représente un sérieux enjeu éthique, nous ne pouvons plus, autant individuellement que collectivement, continuer d’ignorer volontairement le rôle immense que joue notre régime alimentaire riche en produit animal dans la crise climatique et écologique. Il est évident que l’agriculture animale entraîne de graves dommages à l’environnement, sachant que la production de viande et de produits laitiers représente 83 % de l’utilisation totale des terres agricoles (alors que la viande ne fournit que 18% des calories à l’humanité), occupe 30% de la surface terrestre de la planète et est responsable d’au moins 18% des émissions de gaz à effet de serre (GES), dont le méthane et le protoxyde d’azote, qui sont deux très puissants GES.

Selon un nouveau modèle élaboré par des scientifiques de Stanford et de l’Université de Californie à Berkeley, publié en février dernier, l’abandon progressif de l’agriculture animale représenterait «notre meilleure chance, et la plus immédiate, d’inverser la trajectoire du changement climatique». Pourtant, cette solution est très peu abordée par les décideurs politiques et la classe médiatique.

En octobre 2022, 450 chercheurs et chercheuses en philosophie morale et politique ont signé et publié la Déclaration de Montréal, dénonçant l’exploitation animale comme injuste et moralement indéfendable, préconisant la fin de celle-ci. Si les raisons éthiques pour délaisser les produits animaux sont évidentes, elles le sont tout autant au niveau écologique et climatique. La relation qu’entretient l’être humain avec la nature et les animaux non humains doit changer. La pandémie de Covid-19, qui provient directement de l’exploitation animale, devrait servir d’avertissement, tout comme les nombreux cas de grippes aviaires qui font rage au pays.

Comme c’est pratiquement toujours le cas, les arguments économiques l’emportent haut la main sur les arguments écologiques, climatiques et éthiques; tout comme les émotions humaines l’emportent fréquemment sur la raison. Accepter les faits scientifiquement établis sur un sujet abstrait tel que les enjeux engendrés par notre consommation de viande demandent de surmonter une réponse émotionnelle et de nombreux biais cognitifs. Si l’être humain possède des capacités intellectuelles supérieures à celles des autres espèces, nous démontrons malgré tout notre fréquente incapacité à prendre des décisions rationnelles, comme c’est le cas maintenant, alors que nous tardons à entamer la transition alimentaire vers un régime végétal qui est urgemment nécessaire.

 

Glossaire

Agriculture animale : Pratique d’élever et d’exploiter des animaux dans le but d’en tirer des aliments.

Élevage intensif : Système moderne où la plupart des animaux sont élevés et exploités en grande quantité pour l’alimentation. Aussi appelé « élevage industriel ».

Gaz à effet de serre (GES): Gaz qui contribue à retenir la chaleur près de la surface de la Terre.

Grippe aviaire : Maladie causée par un influenzavirus de type A qui affecte les oiseaux. Cette maladie est une zoonose, c’est-à-dire qu’elle peut se transmettre entre les animaux et les humains.

Méthane : Composé chimique de formule CH4 et puissant gaz à effet de serre.

Perte de biodiversité : Crise écologique impliquant l’extinction d’espèces (végétales ou animales) dans le monde entier ou dans un habitat donné.

Protoxyde d’azote : Composé chimique de formule N₂O et très puissant gaz à effet de serre

UICN : L’Union internationale pour la conservation de la nature

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