Pour les élections américaines de mi-mandat de 2022, on annonçait une vague rouge, couleur du Parti républicain, qui devait déferler sur les États-Unis. Le 8 novembre dernier, lors du fameux «Election Day» qui a lieu le mardi suivant le premier lundi de novembre, on a plutôt vu un Parti républicain qui ne semble pas récolter les fruits de sa stratégie de repositionnement à l’extrême droite.

Règle générale, lors des élections de mi-mandat, le parti du président perd souvent quelques sièges à la Chambre des représentants et au Sénat en comparaison aux élections qui ont eu lieu l’année de l’élection présidentielle. En fait, depuis 1860, 38 des 41 élections de mi-mandat, jusqu’à celles de 2018, se sont soldées par un recul du parti du président à la Chambre des représentants.

Pour comprendre ce phénomène, il faut se rappeler qu’aux États-Unis, bien que les élections présidentielles aient lieu tous les quatre ans, les membres de la Chambre des représentants sont élus tous les deux ans et le tiers des sièges des sénateurs, qui ont un mandat de six ans, est aussi remis en jeu tous les deux ans. Ainsi, les élections de mi-mandat sont un moment privilégié pour permettre à la population de manifester son mécontentement envers le président.

Qui plus est, les membres du parti du président, qui ont remporté les élections deux ans auparavant, sont généralement moins mobilisés que lors des élections présidentielles. Ainsi, le Parti du président Joe Biden, le Parti démocrate associé à la couleur bleue, devait donc s’attendre à une forte vague du parti adverse, le Parti républicain.

La vague s’annonçait d’autant plus forte puisque le président Joe Biden avait une cote de popularité relativement faible, notamment due au taux d’inflation très élevé. Pourtant, le tsunami rouge annoncé s’est transformé en vaguelette.

Cette situation peut s’expliquer en partie par la radicalisation du Parti républicain qui, sous l’influence de l’ancien président Donald Trump, se positionne de plus en plus à l’extrême droite. Ce repositionnement nuit non seulement au parti, mais aussi au pays de même qu’à la démocratie.

Lors des investitures pour déterminer les candidats du Parti républicain aux postes de sénateurs et de représentants, les militants ont tendance à favoriser le plus radical, voire le plus «trumpien», des candidats. Or, ces candidats, bien qu’ils plaisent à la base républicaine, peuvent s’avérer trop radicaux pour la population en général, notamment les indécis qui peuvent pencher d’un côté ou de l’autre.

Ainsi, il est logique de croire que bien des citoyens auraient pu être tentés de voter pour le Parti républicain afin de manifester leur mécontentement face à l’administration de Joe Biden, mais ont préféré voter pour le candidat démocrate ou se sont abstenus étant donné la radicalité du candidat républicain. On remarque que plusieurs candidats vedettes, qui étaient appuyés par Donald Trump, n’ont pas réussi à se faire élire.

Le courant «trumpiste», désormais majoritaire au Parti républicain, positionne le parti à l’extrême droite, notamment en s’opposant à l’avortement et en défendant des théories conspirationnistes. Ces prises de position à l’extrême droite ont sans doute effrayé une partie des électeurs indécis qui, étant donné leur insatisfaction face à l’administration de Joe Biden, auraient eu tendance à voter pour le Parti républicain.

On assiste à une polarisation qui, dans le bipartisme américain, prend la forme d’une fracture de plus en plus grande entre le Parti démocrate et le Parti républicain. Alors qu’il n’y a pas si longtemps, l’alternance au pouvoir entre ces deux partis était une force de la démocratie américaine, il semble y avoir, notamment chez les indécis, une mobilité de plus en plus réduite d’un camp à l’autre.

Cette polarisation, si elle s’accentue davantage, pourrait éventuellement mener à une multiplication d’affrontements violents, comme celui du 6 janvier 2021 au Capitole à Washington, de même qu’à une perte de crédibilité du système démocratique américain et de ses institutions. C’est pourquoi le repositionnement du Parti républicain à l’extrême droite est extrêmement inquiétant pour la démocratie américaine.

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