«Je suis Thomas»

C’est ainsi que je me suis présenté à la foule rassemblée en l’église Saint-Jérôme hier pour les funérailles de Thomas Haché. Tout comme dimanche dernier, alors que je m’étais adressé aux jeunes présents à la messe. Non pas pour tenter d’expliquer, mais afin d’ouvrir un espace de réflexion et de prière. Hier, je me suis tourné vers les étudiants de l’Envolée et les joueurs de soccer.

Thomas pratiquait un sport d’équipe accessible à tous. Sans avoir commis d’infraction, il a reçu un carton rouge; il ne jouera plus sur le même terrain que nous. Pour nous, sa mort est comme un carton jaune, un avertissement. Nous devons continuer à nous entraîner et à jouer ensemble, mais avec un esprit d’équipe qui mise sur le respect des règles, le souci d’aider et l’attention aux autres.

Avec la mort de Thomas, quelque chose s’est éteint en moi. Un autre bout de ma mèche de naïveté s’est consumé. Une part essentielle de moi-même n’est plus. De nous-mêmes. Cette part d’un avenir plus beau dont chaque jeune est la promesse.

Cet enfant avait peut-être la mission de devenir un homme de pont pour ramener au quai toutes sortes de poissons. Peut-être avait-il un talent à développer pour devenir notre Ronaldo ou Messi. Peut-être aurait-il été un père de famille attentionné qui aurait pu donner à ses enfants encore plus qu’il avait reçu. Tous ces espoirs sont partis avec lui. Ces morceaux de notre avenir ne sont plus.

Je suis Thomas Haché. Mais aussi l’autre Thomas, celui de l’évangile qui demande des preuves. Comme lui, je n’arrive pas à croire que l’on puisse mourir si jeune. Dans de telles conditions.

Je ne peux pas croire que la violence aura le dernier mot. Or, mes doutes se sont dissipés lorsque j’ai levé les yeux: j’ai été témoin d’un élan de solidarité exceptionnelle. Depuis son départ, ses coéquipiers de soccer font du porte-à-porte pour solliciter de l’aide, des professionnels sont disponibles pour écouter les jeunes, une communauté se mobilise autour de son maire pour soutenir.

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Comment ai-je pu laisser le pessimisme prendre le dessus? Notre époque est pourtant la moins violente et la plus paisible de toute l’histoire de l’humanité. En s’appuyant sur des milliers d’études et des années de recherches, le professeur de Harvard Steven Pinker montre que la violence, les guerres et les tueries ne sont pas représentatives de la réalité (La part d’ange en nous, 2017).

À cause de la démocratie, de l’éducation et de la valorisation de la paix, le monde va définitivement mieux aujourd’hui qu’autrefois. Nos efforts portent donc du fruit. Il faut garder les manches retroussées pour continuer les combats qui sont les nôtres.

Je pense à celui contre la pauvreté. Celle-ci a plusieurs visages. Il y a la pauvreté matérielle exacerbée par la situation économique actuelle. Aussi celle qui appauvrit les esprits lorsque l’éducation n’est pas disponible à tous. Celle qui nous rend inégaux pour accéder aux soins de santé lorsqu’ils sont privatisés. Celle qui résulte de la guerre, des catastrophes naturelles et des situations d’injustice.

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Demain, dans l’Église catholique, c’est la 6e édition de la journée mondiale des pauvres instituée par le pape François. Sans gêne, nous pouvons dire que nos ancêtres étaient pauvres. Avec peu de moyens, ils ont élevé de grandes familles. Leurs efforts nous ont permis d’atteindre un bien-être significatif.

Nous pouvons nous réjouir de cette responsabilisation familiale, de lois que nous nous sommes données et de certaines initiatives privées et collectives pour éliminer la misère engendrée par l’indigence. Cela ne devrait pas nous dispenser de regarder au-delà des limites de notre cour pour être solidaires de ceux et celles qui vivent dans des conditions difficiles.

Par amour, partageons notre patrimoine de sécurité et de stabilité afin que plus personne ne souffre. Il ne s’agit pas seulement d’ouvrir notre garde-manger pour donner quelques conserves à Noël. L’éradication de la pauvreté passe par une législation et une solidarité effective en faveur de tous.

La journée des pauvres n’est pas une célébration. Plutôt une provocation pour les biens nantis! Sûrement une invitation à se rapprocher des pauvres. Leur situation est susceptible de renouveler la vie.

À condition de se laisser toucher. La pauvreté transforme. Celle qu’engendre la misère, appelée à être combattue. Et celle du cœur, appelée à être cultivée.

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