Le premier ministre Blaine Higgs se plaît à dire que l’argent ne règlera pas à lui seul la crise que vit présentement le système de santé néo-brunswickois. Personne n’affirme le contraire. Cela ne veut pas pour autant dire que les deux ne sont pas étroitement liés. Ils le sont, et de multiples façons.

Commençons par un simple fait: la crise qui sévit présentement permet au gouvernement d’épargner des centaines de millions de dollars par année. En ce sens, les surplus pharaonesques dégagés récemment se font en partie sur le dos des patients néo-brunswickois.

Les besoins en matière de santé, faut-il le rappeler, augmentent non seulement en fonction de la taille de la population, mais aussi de sa répartition selon l’âge. Depuis dix ans, la population du Nouveau-Brunswick a augmenté de 54 000. La totalité de cette croissance se retrouvait chez les gens âgés de 65 ans ou plus.

Le système de santé, pour sa part, n’a pas vu ses effectifs augmenter en conséquence. Au contraire, le nombre d’employés du réseau Vitalité, tout comme ses dépenses une fois ajustées pour l’inflation, sont en nette baisse depuis dix ans.

Comment le réseau a-t-il pu desservir une population aux besoins sans cesse grandissants avec de moins en moins de personnel?

Ses représentants officiels vous diront sans doute qu’ils ont dû optimiser l’utilisation de leurs ressources, par exemple en réduisant la durée des séjours d’hospitalisation pour certaines chirurgies et en poussant une bonne partie de certaines activités, comme les consultations aux soins ambulatoires, à l’extérieur du réseau.

Tout cela est vrai. Sur le terrain, par contre, plusieurs vous diront qu’ils doivent désormais parer au plus urgent et qu’ils ne peuvent plus offrir à leurs patients la même qualité de soins qu’auparavant.

Alors, comment renverser la vapeur, ou à tout le moins offrir au système un semblant de répit?

On pourrait commencer par ne pas voir la pénurie de personnel comme une donnée immuable. La réalité, c’est qu’il est possible d’augmenter la capacité du système grâce à des investissements judicieux.

On estime qu’au moins 300 lits dans les foyers de soins au Nouveau-Brunswick sont fermés par manque de personnel – principalement des préposés aux soins. Cette profession n’exige pas de longues années de formation. Il serait possible d’y attirer des gens rapidement en augmentant considérablement les salaires.

En s’attaquant mieux à ce goulot d’étranglement, on libérerait des lits dans les hôpitaux, permettant au personnel de prêter main-forte dans d’autres services.

Parlant du milieu hospitalier, c’est là que la pénurie de main-d’œuvre est de loin la plus aiguë. Pour améliorer l’efficacité, il faut absolument s’assurer que le personnel hautement qualifié puisse se concentrer sur des tâches que lui seul peut effectuer, le reste étant confié à des employés moins qualifiés. Or, pour ce faire, toujours faut-il que ces derniers soient disponibles. Ici encore, l’argent peut servir à en attirer davantage.

L’argent peut aussi aider d’une autre manière. En milieu hospitalier, les conditions de travail dans plusieurs départements sont devenues très difficiles, poussant plusieurs à se retirer plus tôt que prévu ou à se trouver un emploi ailleurs, souvent à l’extérieur des hôpitaux, voire même de la profession.

Dans certains cas, un cercle vicieux s’est installé : plus les gens quittent, plus ceux qui restent sont débordés et épuisés, ce qui les pousse à quitter à leur tour. Si vous voulez comprendre pourquoi le gouvernement provincial a autorisé l’embauche à vil prix de personnel infirmier d’agences privées, inutile de chercher plus loin : ce dernier été affecté aux unités qui étaient littéralement sur le point de s’effondrer.

À long terme, une telle solution est intenable. Le personnel infirmier permanent n’acceptera pas indéfiniment de faire le même travail que les infirmières du privé, mais pour seulement une fraction de leurs salaires. Il faut commencer à songer à bonifier la rémunération du personnel régulier dans les unités les plus mal en point.

Une telle solution doit, bien sûr, obtenir l’aval du syndicat. Si celui-ci refuse de l’accorder, il n’aura que lui-même à blâmer quand le privé viendra à occuper encore une plus grande place dans nos hôpitaux.

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