Hier marquait le 46e anniversaire de l’élection du premier gouvernement qui promettait un référendum sur la souveraineté du Québec. Les colonnes du fédéralisme pépère canadien en furent ébranlées! Le Québec avait osé! Aujourd’hui, près d’un demi-siècle plus tard, je me demande si l’Acadie oserait, elle aussi, mettre le pied à terre avec autant de détermination?

Certes, dans la foulée de cet événement, on a connu un épisode survolté à l’automne 1979 quand la Convention d’orientation nationale des Acadiens (CONA) réunie à Edmundston s’est prononcée en faveur de la création d’une province acadienne. L’idée d’émancipation faisait tache d’huile. Mais cette option politique ne fit pas l’unanimité dans la population, beaucoup s’en faut!

Déjà que cette année-là, à six mois du référendum québécois, le pays était déjà en émoi, et que, pour la classe politique et médiatique pancanadienne, de tels soubresauts émanant d’une partie d’une petite province sous-estimée du pays étaient perçus comme du pelletage de nuages.

Bref: même si le vote de la CONA exprimait une volonté d’affirmation nationale en phase avec l’air du temps, tout le monde avait malheureusement de plus gros chats à fouetter.

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Sauf mon ancien patron, le ministre Jean-Maurice Simard, porteur d’un nationalisme égalitaire, qui vit dans cette espérance formulée par ses compatriotes acadiens, le prétexte idéal pour faire faire un pas de géant de plus à l’Acadie, après celui de Louis Robichaud dans les années 1960.

Et c’est ainsi qu’est née l’idée d’un projet de loi qui viserait la reconnaissance de l’égalité des deux communautés linguistiques de la province.

Pour certains, la promesse de Simard faite à la convention était un geste de récupération politique. Récupération au sens négatif.

Il y a certainement une part de récupération politique, mais je la perçois plutôt comme un geste de génie!

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Pour comprendre le bien-fondé de cette «récupération», il suffit de se demander ce qui se serait passé si le ministre Simard n’avait pas réagi ainsi.

La société acadienne du temps n’avait pas les moyens de mener à bien, par elle seule, la création d’une 11e province. Et comme je l’ai mentionné plus haut, l’effervescence préréférendaire au Canada était telle que personne n’y aurait levé le petit doigt pour aider les Acadiens à créer une province au moment précis où le Québec se préparait à claquer la porte!

Au lieu d’aider l’Acadie, on l’aurait ostracisée comme le Québec. Il restait quoi alors à l’Acadie comme possibilité d’affirmation?

Il restait ce que Simard a fait: il a récupéré le flambeau, lui a donné une légitimité en portant cette volonté d’affirmation jusqu’à l’Assemblée législative provinciale, après mille embûches, en passant par le caucus conservateur et le conseil des ministres!

Et c’est ainsi que la loi sur l’égalité fut adoptée en juillet 1981, par un beau jour de soleil et de chaleur, alors que votre humble serviteur et son vis-à-vis politique du Parti libéral, assis sur les marches de l’Assemblée législative, discutaient des arguments dont ils avaient garni les discours d’adoption de leur chef politique respectif.

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Cet épisode exaltant de l’histoire acadienne contraste cruellement avec la dégradation actuelle de la vie politique au Niou-Brunswick. Comment en est-on arrivé là?

D’emblée, je dirais que l’avancée des droits linguistiques, si elle a pu donner plus d’assurance aux francophones, a peut-être, parallèlement, créé un faux sentiment de sécurité, enclenchant une démobilisation politique qui, à son tour, a provoqué un manque de vigilance.

Puis, sous la houlette de leaders trop heureux de ne pas se sentir obligés de mener moult combats linguistiques, les partis politiques ont vite remisé ce gros dossier sur les tablettes, quitte à le dépoussiérer à tous les dix ans.

D’année en année, de leader en leader, on a fini par élire des chefs et des partis de plus en plus indifférents à ces questions. Des partis affaiblis aussi par l’engagement moindre des citoyens dans le choix des chefs.

Et tout cela finit où tout cela devait finir, c’est-à-dire où tout cela avait commencé. La boucle est bouclée. Aujourd’hui, le serpent se mord la queue.

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Alors, que faire avant le retour du pendule?

On peut demander des démissions, exiger des rencontres, tenir des conférences de presse, écrire des lettres, signer des pétitions, menacer d’aller en cour.

On peut aussi faire la grève. J’en ai proposé une version la semaine passée: la grève de la langue. C’est la plus simple et la plus facile à organiser: il suffit de devenir unilingue français le temps qu’il faut!

Encore faut-il en comprendre le principe. Il ne s’agit pas d’expliquer à un fonctionnaire ou un vendeur unilingue anglais qu’on est francophone et qu’on veut être servi en français. Encore moins de s’excuser! On ne répond pas en anglais à leurs questions. Pas du tout. On se contente tout bonnement de leur parler en français, en tenant pour acquis qu’ils nous comprennent.

S’ils ont un problème à nous comprendre, ça devient LEUR problème. Mais ce n’est surtout pas le nôtre. Et c’est à eux de le régler.

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En réalité, ce ne sont pas les francophones qui ont un problème linguistique au Canada. Ils sont presque tous bilingues! Ce sont plutôt les unilingues anglophones qui ont un problème quand on leur parle en français.

S’ils n’en sont pas toujours conscients, c’est que nous jouons les traducteurs accommodants. Nous ne sommes pas leurs traducteurs, nous sommes francophones!

Petit secret: quand on fait la grève de la langue, faut pas leur raconter ça. On se contente de continuer à leur parler en français comme si de rien n’était. On ne s’explique pas, on s’applique! Et si nous nous appliquons vraiment, avant peu, Higgs n’aura plus à s’inquiéter pour l’immersion française. Les classes vont déborder!

Cela dit, je ne veux pas commencer une révolution. Du moins, pas militaire. Mais une petite révolution des consciences, ça ne nuirait pas.
Alors, soyons aussi francophones unilingues sans honte que les anglophones sont unilingues sans gêne. Traitons d’égal à égal. Ce sera déjà une révolution!

Han, Madame?

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