Cette semaine, j’ai lancé à Saint-Jean de Terre-Neuve mon tout dernier roman Le maître de Conche. C’est toujours un moment très agréable et très précieux pour une auteure que le moment où son ouvrage rejoint enfin ses lecteurs, tout particulièrement quand on est membre de la petite communauté francophone et acadienne de Terre-Neuve-et-Labrador.

Si je mentionne l’événement, ce n’est pas pour me faire «mousser» comme on dit, mais parce que ce moment m’a portée à me confronter à une triste réalité: si le Réseau culturel n’avait pas choisi de lancer, cette année, un tout premier festival littéraire provincial, ce lancement n’aurait pas eu lieu, ou alors, en tout petit comité. Sans ce festival, personne dans ma province n’aurait pu acheter ce livre localement, et encore moins avoir la possibilité de le faire dédicacer. Il n’y a aucune librairie francophone à Terre-Neuve-et-Labrador. Ce qui est vrai chez moi existe ailleurs en Atlantique.

Je sais qu’être libraire indépendant, ces jours-ci, relève de l’exploit et que choisir d’être libraire francophone, c’est encore un cran au-dessus. Quant à la section francophone des grandes chaînes de librairies, elle donne à pleurer – que ce soit à Halifax, à St. John’s, à Charlottetown ou même à Moncton. Idem pour ce qui est des bibliothèques publiques.

Notre région, c’est un peu le trou noir en matière de littérature en langue française avec quelques exceptions: Dieppe avec sa librairie la Grand Ourse, la Péninsule acadienne avec les deux librairies Pélagie et Edmundston avec la librairie Matulu. Pour le reste, rien.

Oui, je le sais, on est à l’ère numérique, on peut tout commander en ligne et tout lire sur une tablette. Soit, mais ça ne remplace pas le plaisir de feuilleter les livres avant de les acheter, de choisir entre tel et tel ouvrage sur l’étagère, de se faire conseiller par un libraire avisé, comme l’ami Alain Leblanc de Matulu, et c’est surtout bien compliqué d’y organiser une séance de dédicace.

Personnellement, je conseille souvent aux gens de se rendre sur le site Les libraires qui regroupe une centaine de librairies indépendantes du Québec, des Maritimes, de l’Ontario et du Manitoba. Mais là encore, permettez-moi un dernier mouvement d’humeur: si vous cherchez mes livres sur leur site, allez voir dans la section «littérature québécoise», parce qu’il n’y a pas de section «littérature canadienne». Remarquez j’ai connu pire, mes premiers ouvrages étaient dans la section «littérature étrangère»! Autrement dit, là aussi, nous ne pesons pas lourd! Ou comme m’avait dit il n’y a pas si longtemps un libraire de Québec à qui je demandais sa section littérature acadienne: «Littérature acadienne? Il nous reste peut-être quelques vieilles Sagouine».

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