Je commente rarement les sujets politiques relevant uniquement du Nouveau-Brunswick, mais en ce moment, il est bien difficile de faire autrement! La décision du premier ministre Higgs de nommer Kris Austin au Comité de révision de la Loi sur les langues officielles de la province a choqué l’Acadienne que je suis et, je n’en doute pas une seule seconde, tous ceux et celles qui suivent attentivement la manière dont on traite notre communauté à travers la région et dans le pays tout entier.

C’est une décision d’autant plus choquante qu’elle est un choix clairement délibéré: ce n’est pas comme si le premier ministre avait manqué d’options pour remplir ce poste. On peut donc en déduire que c’est une manière de remettre l’Acadie «à sa place», de lui dire que la protection de sa langue et de ses droits ne vaut pas mieux que ce négationniste des questions linguistiques. Aurait-on mis un membre de l’organisation pro-vie à une révision de la loi sur l’avortement? Ou encore un anti-science à un comité sur la vaccination? Bien sûr que non.

Cette nomination est d’autant plus regrettable et dangereuse que la loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick ne tient qu’à un cheveu constitutionnel, ce qui n’a certainement pas échappé aux éminences grises du parti au pouvoir. En effet, même enchâssée dans la Constitution canadienne, cette loi dépend du bon vouloir de l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick qui pourrait choisir de l’éliminer avec une simple majorité des voix, sans avoir à obtenir l’aval du fédéral et sans consulter les autres provinces. Bien entendu, on voit mal une telle chose se passer sans une réaction violente de la population et de la société civile, reste qu’en nommant Austin sur ce comité, le gouvernement en laisse planer la menace.

Le premier ministre Higgs est, en ce sens, beaucoup plus tordu que son homologue de l’Ontario qui s’était engagé publiquement à défier la constitution pour remettre ses travailleurs scolaires dans «le droit chemin», et a fait marche arrière 48 heures plus tard. À Frédéricton, le premier ministre ne se risque à aucun affront de ce genre, il menace sans un mot et charge un autre du travail de casse.

Ce qui me ramène à un constat affligeant: en ces temps troublés économiquement et socialement, en cette ère de la désinformation et de la mésinformation, de la méfiance généralisée à l’endroit du monde politique et de l’assaut contre les institutions, les minorités ne sont plus à l’abri et les droits fondamentaux non plus. Higgs vient d’aviser formellement le Nouveau-Brunswick, et par extension nous autres, que plus rien n’est sûr, sauf sans doute de se préparer à monter encore une fois aux barricades. Misère!

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