En lice pour quatre Oscars de 2011 à 2016, la comédienne Jennifer Lawrence n’a reçu aucune nomination depuis. Ça pourrait changer grâce à La Traversée (Causeway; Apple TV).

Dans ce brillant film de Lila Neugebauer (la minisérie Maid sur Netflix), une Lawrence au naturel interprète Lynsey, une ingénieure de l’armée américaine qui a subi une grave blessure au cerveau lors d’un attentat en Afghanistan.

Forcée de réapprendre les gestes les plus simples du quotidien et souffrant d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT), la jeune femme s’accroche et parvient à retrouver un semblant de vie normale.

C’est alors qu’elle fait la connaissance de James (Brian Tyree Henry, qui rappelle un jeune Bernie Mac), un mécanicien qui traîne lui aussi un lourd passé traumatique. Lynsey et James tenteront alors de s’aider mutuellement et maladroitement dans leur quête d’un tout petit peu de bonheur.

Des centaines de films ont été tournés sur le difficile retour à la vie civile des soldats et le cauchemar que constitue le TSPT. À mon humble avis, La traversée est un des plus intimes, des plus humains, des plus achevés et des plus touchants du lot.

Je ne vous ferai pas de cachette, le sujet est pesant et ne permettra certainement pas à personne d’oublier la grisaille du quotidien en riant un bon coup.

Il est toutefois possible d’apprécier La traversée pour un paquet de raisons, à commencer par sa ressemblance avec le quintuple oscarisé Silver Lining Playbook (2012). Non seulement les deux oeuvres mettent en vedette Lawrence, mais elles racontent l’histoire de deux êtres différents et malheureux qui grandissent en se soutenant.

Difficile aussi de rester insensible devant la grandeur des dialogues entre les deux écorchés que sont Lynsey et Brian. Des échanges simples, viscéraux, tristes et lourds qui sont livrés avec un naturel impressionnant par Lawrence et Henry.

Ironiquement, le moment le plus touchant du film survient à l’approche de la conclusion, quand Lawrence mène une conversation en langage des signes. Non seulement la jeune femme n’a jamais été aussi bonne (sans prononcer la moindre parole!), mais ce moment synthétise parfaitement un film où les silences et les non dits ont davantage de poids et de portée que les dialogues – aussi exceptionnels soient-ils.

La traversée est aussi une magnifique réflexion sur ce réflexe qu’a l’humain de s’isoler après une épreuve. Le film nous rappelle avec justesse que la guérison passe bien souvent par l’extériorisation de sa peine et le réconfort d’autrui.

À ce sujet, certains pourraient considérer que les personnages de Lynsey et Brian auraient dû être développés davantage (outre leur propension à se complaire dans leur malheur). Je considère plutôt qu’il s’agit d’un choix génial des scénaristes, l’humain endeuillé ou frappé par l’épreuve ayant tendance à ne voir la vie que par l’optique de son malheur.

Ne vous laissez donc pas intimider par la lourdeur des thèmes de La traversée. Croyez-moi, son humanité et ses mérites artistiques compensent amplement.

(Quatre étoile et demie sur cinq)

 

Noël tombe à pic

Dans son premier projet majeur en un peu plus d’une décennie, la comédienne Lindsay Lohan offre une performance robotique dans Noël tombe à pic (Falling for Christmas, Netflix), une insipide comédie romantique des Fêtes.

Enfant vedette de Disney à la fin des années 1990 puis jeune femme adulée pour ses rôles au cinéma et sa musique au début des années 2000, Lohan a vu sa carrière piquer du nez en raison de problèmes de dépendance.

La revoilà, à 36 ans, dans le rôle principal d’un film acheté puis promu avec beaucoup d’énergie par Netflix. Lohan interprète une gosse de riche arrogante, superficielle et stupide qui, un jour, perd la mémoire à la suite d’un accident de ski.

À son réveil, elle tombe sous le charme du beau propriétaire d’un hôtel en difficultés, qui élève seul son enfant depuis la mort de son épouse. À son contact, la capricieuse devient une meilleure personne. Mais que se passera-t-il quand elle réalisera qu’elle était fiancée avant son accident?

J’ai vu et noté près de 450 films à titre de critique pour l’Acadie Nouvelle et Noël tombe à pic est un des pires.

Seules des fillettes de 8 ans pourront apprécier. Pourquoi? Parce que ce sont les seules qui ne remarqueront pas l’humour caricatural, le manque de naturel des comédiens, la pauvreté des effets spéciaux, la paresse du scénario, l’avalanche de clichés et l’horreur de ce qui passe pour des dialogues.

Faite l’impasse sur ce minable navet. Gâtez vous plutôt en revoyant Elf (2003), Polar Express (2004), Home Alone (1990) ou A Christmas Story (1983).

(Une demi-étoile sur cinq)

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