Lors des élections de mi-mandat du 8 novembre dernier aux États-Unis, celle pour le poste de sénateur de Pennsylvanie où le Parti républicain présentait son candidat vedette, l’animateur de télévision Dr Oz, a beaucoup retenue l’attention des médias. La victoire du candidat démocrate John Fetterman, un politicien atypique, amène quelques pistes de réflexion pour le Parti démocrate afin de renouer avec certains groupes de son électorat.

En sociologie, on les désignait parfois comme les membres de la «classe ouvrière» alors qu’aujourd’hui, on présente plutôt cette sous-catégorie de la classe moyenne, souvent sans diplôme universitaire, comme les «travailleurs» ou les «cols bleus», par opposition à «cols blancs». Ces électeurs ont longtemps été la base électorale du Parti démocrate avant de se tourner, notamment sous la présidence de Ronald Reagan avec les «Reagan Democrats», vers le Parti républicain.

Ce revirement est encore plus fort dans les États qui ont subi de plein fouet la désindustrialisation, particulièrement ceux de la «rust belt», cette «ceinture de rouille» où se trouvait plusieurs industries dans le Nord-Est des États-Unis. Plusieurs de ces électeurs se sont sentis abandonnés par le Parti démocrate qui devenait, selon eux, de moins en moins le parti des travailleurs et de plus en plus le parti des minorités.

Ce phénomène s’explique notamment par la perte d’influence des syndicats, mais aussi par une déconnection du Parti démocrate envers cette population. Le Parti démocrate est associé aux élites, plus précisément les élites culturelles, alors que le Parti républicain, de façon populiste, se dit proche du peuple et des «vrais américains».

L’ancien président Donald Trump et le Parti républicain ont su profiter de cette image qui colle à la peau du Parti démocrate. Toutefois, la victoire de John Fetterman en Pennsylvanie, qui a cassé bien des codes liés à l’image du Parti démocrate, permet de repenser les stratégies adoptées par le parti.

C’est d’ailleurs l’image du politicien qu’on remarque en premier, étant donné son look atypique avec son crâne rasé, sa petite barbichette et, surtout, son «hoodie», ce chandail à capuchon qu’il porte à toutes les occasions. Par son image et par son discours, John Fetterman cherchait à se rapprocher d’un électorat populaire en défendant des idées progressistes à l’avantage de cet électorat.

Une image qui détonnait avec son adversaire républicain Mehmet Öz, mieux connu sous le nom de Dr Oz, un animateur de télévision sur la santé et le bien-être. Mehmet Öz renvoyait l’image d’un multimillionnaire, adoubé par le richissime Donald Trump, déconnecté d’un électorat populaire et ne cherchant pas à défendre leurs intérêts.

Le Parti démocrate est associé aux artistes et aux intellectuels tandis que le Parti républicain est associé à une culture beaucoup plus populaire, notamment avec la musique country, et, surtout depuis Donald Trump, la télé-réalité. John Fetterman a réussi à jouer avec ce cliché grâce à un message vidéo, via la plateforme Cameo, de la vedette de la télé-réalité «Jersey Shore», Snooki, qui rappelait, sur un ton irrévérencieux, au Dr Oz qu’il habitait au New Jersey.

Cela permettait de tirer sur une autre corde sensible des républicains puisqu’ils sont généralement associés à l’Amérique profonde et aux racines alors que les démocrates sont plutôt associés aux grandes villes et à l’ouverture sur le monde. John Fetterman a saisi l’occasion pour insister sur le fait qu’il était un vrai pennsylvanien alors que son adversaire était un parachuté du New Jersey.

Il faut tout de même noter que John Fetterman est parfois tombé dans une sorte de populisme de gauche en ridiculisant de façon démagogique son adversaire Mehmet Öz parce qu’il a utilisé le terme français «crudités», jugé bourgeois, dans une vidéo où il dénonçait l’inflation. Après tout, John Fetterman possède un M.B.A. de l’Université du Connecticut et une maîtrise en administration publique de l’Université Harvard ce qui rendait peu crédible son anti-intellectualisme.

L’exploit de John Fetterman est notamment d’avoir prouvé que le programme progressiste du Parti démocrate pouvait plaire à un électorat populaire. Il a su démontrer à cet électorat que les politiques publiques progressistes étaient à leurs avantages, contrairement aux politiques proposées par le Parti républicain.

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