Faire le deuil de sa ville, son village ou son DSL

Une autre étape importante de la réforme municipale se prépare: l’élection des nouveaux conseils. J’ai scruté les candidats pour les différents postes de ma ville. Et de plusieurs autres municipalités autour de moi et d’ailleurs qui suscitent mon intérêt.

Il y a de la fraîcheur dans ces listes d’aspirants. Je me réjouis de voir beaucoup de noms: des familiers et des nouveaux. Des gens qui n’avaient pas la possibilité de siéger sur un conseil vont désormais pouvoir le faire. Il sera possible de tirer de ce trésor de candidatures un mélange de neuf et d’ancien pour une gestion saine des nouvelles municipalités.

Afin de justifier la réforme, on fait valoir sa pertinence et ses avantages. Plusieurs réalisent aujourd’hui la nécessité de ce virage préconisé par certains depuis des années. Nous avons entendu dire: «on ne peut plus continuer comme avant». C’est vrai. J’ajoute: «ce ne sera plus comme avant».

Il y aura des gains. Aussi des pertes. Il ne faut pas les nier ou faire comme si elles n’existaient pas. En être conscient est un gage de succès pour la suite des choses. Si on s’attend que tout soit identique, on risque de déchanter rapidement et être déçus.

Nécessairement, certaines de nos habitudes vont changer. Des lieux familiers recevront de nouvelles missions; d’autres vont s’ajouter à ceux que nous fréquentons déjà. Des personnes inattendues pourraient aussi élargir notre cercle de connaissance.

Les changements liés à la réforme pourraient déstabiliser certaines personnes et être vécus comme des pertes. Si ce passage est mal vécu, cela peut entraîner des difficultés sur le plan des relations humaines. Mais aussi sur la santé de notre corps physique et mental. De notre corps social aussi!

Pour plusieurs, il y a un deuil à traverser. Pour ce faire, il n’est pas superflu de faire la liste de ce qui pourrait changer dans mon quotidien: mes pertes et mes gains.

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Nous sommes des êtres incarnés et le lieu de notre résidence est significatif. Même si certains n’ont pas choisi l’endroit qu’ils habitent (ils ont emménagé sur la propriété familiale ou n’avaient pas le luxe de choisir), d’autres qui ont choisi tel lieu à cause de certaines caractéristiques précises: l’environnement naturel, les activités récréatives à proximité, la vie sociale, etc.

Avec la réforme, certaines ont peur de perdre des couleurs propres à leur milieu.

Des changements sociaux sont aussi prévisibles. Il est possible qu’un comité local soit appelé à travailler avec d’autres pour organiser une activité ou valoriser un projet. Puisqu’il est ardu de renouveler le bénévolat, collaborer avec d’autres permettra d’élargir le champ des possibles. Mais pour cela, il faudra faire le deuil de l’ancien comité et de ses manières de fonctionner.

On était confortables avec ces gens qu’on connaissait bien; il faudra étrenner de nouvelles chaussures!

Il y aura peut-être des édifices dans notre municipalité qui auront de nouvelles vocations. Alors que nous étions habitués d’aller à tel endroit pour recevoir un service précis, il faudra peut-être aller ailleurs. Des choix seront faits dans l’intérêt de la grande municipalité, ce qui aura des incidences sur l’ensemble des infrastructures.

Cela aussi représente des pertes engendrées par la réforme.

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Il ne suffit pas de reconnaître cet état de fait. Il faut y consentir. Qu’est-ce à dire? C’est accepter de travailler avec ce qui est là: avec les ressources actuelles et les personnes telles qu’elles sont aujourd’hui.

Consentir, c’est accepter de s’engager avec ce que nous avons maintenant, sans attendre des conditions idéales ou en souhaitant que tout redevienne comme avant.

Pour une transition réussie, prenons conscience que certaines réalités, certains lieux et certaines manières de faire seront transformés. Non pas détruites ou éliminées, mais transformées.

De la même manière, un changement d’attitudes et de perceptions est souhaitable chez chaque résidant.

Ultimement, chacun est appelé à découvrir le rôle qui sera le sien dans la nouvelle structure municipale. Parce que ma ville n’est pas qu’un pourvoyeur de services; c’est un milieu qui m’entraîne à mettre mes talents au service des autres.

Un engagement personnel donne un sens à ma citoyenneté. Il peut aussi être l’occasion de reconnaître la valeur de la fraternité dont les avantages sont plus grands que la satisfaction de mes propres intérêts. Nous sommes sur la ligne d’un nouveau départ.

D’ici là, le temps est à la gratitude. Nous avons trouvé de la joie et nous nous sommes épanouis dans le vécu de nos villes, villages et DSL. Pour cela, il faut trouver une manière de dire merci. De se dire merci. D’exprimer notre reconnaissance aux gens qui ont animé et géré notre DSL ou notre municipalité depuis sa fondation.

Tout cela nous a fait vivre. Vouloir retenir à tout prix ce qui s’en va pourrait nous faire mourir. Ensemble, vivons ce passage avec sérénité et confiance.

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