Le Nouveau-Brunswick a connu pas mal de changements transformateurs au cours des deux dernières années. Ce qui n’a pas changé, par contre, c’est la pratique de la province de sous-estimer drastiquement sa situation financière.

Chaque année, le gouvernement produit trois mises à jour trimestrielles. À chaque trimestre l’an dernier, le gouvernement nous signalait que le surplus enregistré jusqu’alors était exceptionnel et qu’il nagerait dans l’encre rouge pendant le reste de l’année. Chaque fois, il était complètement dans le champ avec ses prévisions.

Le gouvernement de Blaine Higgs, semble-t-il, n’a toujours pas appris de ses erreurs de l’an dernier. Il y a deux semaines, il nous a annoncé un excédent de 819 millions $ pour les six premiers mois de l’année. Encore une fois, il a voulu nous faire croire que l’encre rouge coulera sur ses livres au cours des prochains mois, de sorte que son surplus fondera à 774 millions $ à la fin de l’exercice en cours.

Il y a fort à parier que le gouvernement se trompe encore une fois. À la même époque l’an dernier, celui-ci nous offrait des projections de revenus pour l’année entière qui se sont avérées inférieures de plus d’un demi-milliard de dollars aux résultats réels. Si le passé est garant de l’avenir, le surplus de fin d’année pourra facilement franchir le cap du milliard de dollars, et ce malgré les intentions du gouvernement de dépenser davantage.

Le gouvernement, bien sûr, fait tout son possible pour convaincre les Néo-Brunswickois que son incapacité à nous donner l’heure juste n’est pas vraiment de sa faute et que ses pratiques en matière de prévisions financières sont exemplaires.

Il aime souligner, par exemple, qu’il ne pouvait pas prévoir la croissance économique fulgurante qu’allait connaître la province, alimentée par une forte reprise après la courte mais profonde récession de 2020 et une explosion démographique sans précédent. À cela, le gouvernement aurait pu ajouter que ses coffres débordent également en raison d’une inflation qui galope. Il ne l’a pas fait, sans doute parce que cela reviendrait à admettre qu’il s’enrichit sur le dos de ses contribuables et de ses employés.

Avec le temps, cependant, les excuses du gouvernement sonnent de plus en plus creux. Que celui-ci ait été surpris l’an dernier par un changement soudain de contexte économique est une chose. Qu’il ne semble pas être en mesure d’ajuster ses prévisions pour refléter ce nouveau contexte en est une autre.

Lorsque l’on fait des prévisions budgétaires, une règle simple est de présumer que les recettes en taxes et en impôts vont être liées à la croissance du produit intérieur brut (PIB) nominal, c’est-à-dire la croissance de l’économie avant de tenir compte de l’inflation. Bien que loin d’être parfaite, cette règle a généralement bien fonctionné, tant avant que depuis la pandémie.

S’il avait appliqué cette règle simple pour prévoir ses recettes en taxes et impôts l’an dernier, le gouvernement aurait raté la cible de 70 millions $ plutôt que de 700 millions $ comme il l’a fait dans le budget de 2021. Certes, prévoir la croissance économique n’est pas toujours chose facile. On se souviendra par contre que les prévisionnistes du secteur privé prévoyaient assez tôt l’an dernier que le PIB nominal de notre province allait exploser. Le gouvernement, par contre, tentait de nous faire croire que ses recettes fiscales n’emboîteraient pas le pas.

Le temps des excuses est révolu. L’incapacité systématique du gouvernement à fournir des prévisions budgétaires moindrement fiables sape sa crédibilité et étouffe le débat public.

Il y a une semaine, dans sa mise à jour économique et financière, l’Ontario a décidé de changer ses façons de faire en offrant des analyses de scénarios financiers, question de rehausser la transparence de ses prévisions financières dans un contexte économique incertain.

Il est grand temps que le gouvernement du Nouveau-Brunswick cesse de nous raconter que tout est bien dans le meilleur des mondes. Il se doit, lui aussi, d’examiner sérieusement comment il pourrait faire mieux.

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