«Si les abattoirs avaient des vitres, on serait tous végétariens», a un jour déclaré l’ancien bassiste des Beatles, Paul McCartney. Quiconque a déjà pris le temps de s’informer sur les conditions de vies des animaux d’élevages et du sort qui leur est réservé à l’abattoir sait que cette citation renferme un fond de vérité.

L’industrie de la viande, elle, en tout cas, le sait. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle fait tout en son pouvoir pour créer une déconnexion entre l’animal et le consommateur, afin de lui faire oublier que derrière son morceau de viande se trouve un être vivant, ayant été exploité et mis à mort, souvent dans d’atroces conditions.

Une «vache qui rit» nous fournirait le lait pour fabriquer du fromage, le poulet serait ravi d’être servi comme plat principal au St-Hubert et les cochons se découperaient eux-mêmes en tranches, le gros sourire aux lèvres. La réalité est évidemment bien différente de ce que le marketing tente de projeter comme image; l’exploitation animale étant l’une des facettes les plus répugnantes de notre monde.

Alors, si la plupart d’entre nous s’opposent fermement à la cruauté animale, pourquoi sommes-nous si nombreux à continuer volontairement d’acheter des produits d’origine animale qui engendrent une grande souffrance chez des êtres qui, tout comme nous, sont capables de faire l’expérience consciente de la douleur et du plaisir? La réponse réside en partie dans un système de croyances complexe et invisible qui supporte la consommation de produits animaux.

Ce système de croyances, qui sous-tend l’exploitation animale, est appelé « carnisme ». Cette idéologie conditionne les gens à consommer certains animaux. Nous mangeons le cochon, mais pas le chien; nous buvons le lait de la vache, mais pas celui de la chatte. Ce ne sont donc pas les propriétés intrinsèques des animaux qui déterminent la manière dont nous les traitons, mais plutôt l’utilisation que nous voulons en faire.

Ce paradoxe de la viande mène plusieurs individus à utiliser des arguments fallacieux pour justifier l’exploitation et la mort de milliards d’animaux d’élevages annuellement, sans jamais comprendre que leur choix découle d’une normalisation de la violence.

En éthologie et en neuroscience, il est bien établi, depuis un certain temps déjà, que les mammifères (dont nous, l’humain, faisons partie), les oiseaux, les poissons et bon nombre d’invertébrés sont sentients. Autrement dit, ils sont en mesure de ressentir la douleur, le plaisir et une vaste gamme de sentiments et d’émotions. Ils se soucient de ce qui leur arrive et cherchent, comme nous, à éprouver du bien-être et à préserver leur vie. Ils ont donc des intérêts qui leur sont propres et leur exploitation contrevient ainsi gravement à leurs intérêts fondamentaux.

Les comportements que nous avons envers les animaux non humains sont, dès lors, en complète contradiction avec notre époque. La consommation de produits d’origine animale est l’une des principales causes du réchauffement planétaire observé et d’une multitude d’enjeux écologiques, dont la perte de biodiversité. Nous n’arriverons pas à inverser cette tendance sans revoir notre relation à la nature et aux autres espèces.

Le traitement que nous réservons aux animaux, sous prétexte qu’ils sont inférieurs à nous pour quelconques raisons, se reflète par la suite dans une multitude de problématiques sociales propre aux sociétés humaines, dont la discrimination, les préjugés et les stéréotypes. Surmonter le spécisme, soit l’idée qui postule la supériorité de l’espèce humaine sur les autres animaux, nous aiderait donc à lutter contre l’ensemble des injustices.

Le temps est donc venu d’octroyer des droits fondamentaux à l’ensemble des animaux, dont le droit à la santé, à la sécurité, à la liberté et à la vie. Dans un monde où il y a plus d’animaux en captivité que de personnes, où de nombreuses populations d’animaux sauvages sont en chute libre et où la destruction environnementale est à son paroxysme, cette question mérite d’être sérieusement étudiée.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle