«L’immersion occupe toute la place dans une table ronde autour de la relation de Higgs avec les Acadiens», titrait notre journal mercredi. S’il n’y avait que le premier ministre Higgs pour confondre immersion et dualité, ça ne retiendrait guère mon attention, mais le problème c’est qu’après un demi-siècle de lois sur les langues officielles, nous en sommes encore là.

N’est-il pas aberrant que le bilinguisme des anglophones occupe davantage l’esprit de nos dirigeants que le bien-être linguistique des Acadiens et francophones? Car l’horizon linguistique du premier ministre néo-brunswickois est à peine plus étroit que celui de ses collègues en Atlantique.

Je vais vous en donner un exemple: il y a un mois environ, j’étais présente lorsque Robert Cormier, de Cap Saint-Georges, a reçu l’Ordre de Terre-Neuve pour son engagement au service des franco-terre-neuviens. Le résumé de son parcours, lu devant le parterre assemblé au Colonial Building, détaillait ce travail pour sa communauté francophone minoritaire de Terre-Neuve-et-Labrador.

Quelques minutes plus tard, lors de la réception, nous nous sommes retrouvés Robert et moi devant une éminente personnalité qui s’est lancée dans des remerciements appuyés à Robert pour tout son travail pour l’immersion et Canadian Parents for French. Pas un mot sur sa lutte pour les écoles françaises, pour obtenir un conseil scolaire, pour des services en français, bref pour l’épanouissement social et linguistique des siens, rien que des remerciements pour le système d’immersion pour lequel Robert n’a jamais milité, pas plus que moi, d’ailleurs.

Comment se fait-il qu’après 50 ans de lois qui énoncent pourtant le besoin de promouvoir le bilinguisme et d’assurer la dualité linguistique, on en soit encore là?

À mon humble avis, il y a deux raisons à cela, tout aussi affligeantes l’une que l’autre. La première, c’est cette tendance humaine à considérer d’abord nos intérêts et «l’étroitesse du regard que nous portons sur les problèmes qui ne sont pas les nôtres», comme le disait l’Abbé Pierre. La seconde, c’est qu’en tant qu’unilingues anglophones et majoritaires de surcroît, beaucoup ne comprennent pas nos revendications, ne peuvent pas «se mettre à notre place» si vous préférez. Comment le pourraient-ils s’ils ne se sont jamais sentis incapables de communiquer, de s’expliquer devant un médecin ou un employé d’Air Canada? S’ils ne se sont jamais sentis insultés qu’on ne leur parle pas leur langue? Qu’on leur répondre autrement qu’en anglais?

Il est évident que pour ouvrir les yeux de la majorité (dont une bonne partie, j’en suis convaincue, est de «bonne volonté») il faudra un vaste chantier éducatif qui dépasse de loin toute simple modification de nos lois.

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