Nous sommes nombreux à prendre des médicaments, tant pour nos petits que pour nos gros ennuis de santé.

Certains de ces composés s’accompagnent toutefois d’effets secondaires qui peuvent parfois s’avérer graves.

Cette semaine, Question de science s’est demandé pourquoi les médicaments causent parfois des effets indésirables.

Pour le savoir, on a pu compter sur l’expertise de Nicolas Bertrand, professeur à la Faculté de pharmacie de l’Université Laval.

Effets secondaires et indésirables

Il convient d’abord de faire la distinction entre un effet secondaire, qui ne sera pas forcément mauvais, et une conséquence indésirable.

À titre d’exemple d’effet secondaire, on peut penser au médicament conçu dans les années 1980 pour traiter l’hyperplasie bénigne de la prostate, la finastéride, qui s’est aussi avérée efficace contre la perte de cheveux.

Au contraire, les effets indésirables engendrent une conséquence négative, notamment certains traitements contre le cancer qui causent la perte de cheveux.

D’après Nicolas Bertrand, les effets indésirables des médicaments peuvent être classés dans trois grandes catégories.

La première survient lorsque notre système immunitaire répond de manière disproportionnée à la prise d’un médicament, par exemple lorsqu’un enfant développe une éruption cutanée après qu’on lui administre un antibiotique. On parle alors d’une réaction allergique.

«On ne peut pas vraiment les éviter ce genre d’effets indésirables parce qu’ils sont indépendants de la dose du médicament», explique Nicolas Bertrand.

Des effets indésirables peuvent survenir après que l’on arrête de prendre un médicament et que cela s’accompagne de symptômes de sevrage, par exemple des nausées et des crampes musculaires. C’est notamment le cas de médicaments contre la douleur ou certains antidépresseurs.

«Si on cesse de prendre certains antidépresseurs, il faut graduellement diminuer la dose si on ne veut pas avoir des symptômes importants», explique le professeur.

D’autres effets indésirables se manifestent de manière plus ou moins forte en fonction de la quantité de médicaments administrés.

Les effets indésirables des antihistaminiques de première génération, comme le Benadryl, en sont un bon exemple. Ces médicaments contre les allergies sont réputés pour causer de la somnolence, un effet qui augmente en fonction de la dose administrée.

Même protéine, différentes fonctions

Beaucoup d’effets indésirables surviennent parce que la cible du médicament peut avoir différentes fonctions dans différents endroits du corps. En bloquant son action, on aura l’effet recherché, mais aussi un impact indésirable.

C’est notamment ce qui se produit dans le cas des opiacés utilisés contre la douleur.

Dans le cerveau, cette drogue bloque les récepteurs de la douleur. Dans le tractus gastro-intestinal, la molécule inhibe toutefois les mouvements péristaltiques, responsables de faire avancer la nourriture en digestion et, éventuellement, l’excrétion des fèces. C’est la raison pour laquelle les opiacés constipent ceux qui en consomment.

Le même phénomène explique également pourquoi les antihistaminiques de première génération, comme le Benadryl, provoquent de la somnolence.

«Le récepteur à l’histamine sur les globules blancs dans le sang est impliqué dans les réactions allergiques, donc quand on prend un antihistaminique, on bloque la réaction allergique, dit Nicolas Bertrand. Ces récepteurs sont toutefois aussi présents dans le cerveau et lorsque le médicament bloque son fonctionnement, ça cause de la somnolence.»

Depuis qu’on s’est rendu compte que ces médicaments contre les allergies induisent le sommeil, des antihistaminiques de deuxième génération ne causant pas la somnolence – ils ne pénètrent pratiquement pas le cerveau – ont été développés.

Des outils pas toujours précis

D’autres médicaments causent des effets secondaires puisque leur action n’est pas assez précise.

Par exemple, si une molécule fabriquée de manière synthétique en laboratoire a comme cible une protéine donnée dans le corps, elle peut aussi perturber le bon fonctionnement d’une autre protéine très semblable.

«Deux protéines peuvent avoir des fonctions bien différentes, mais du point de vue de leurs particularités physico-chimiques, leur structure, elles peuvent être très semblables. Il arrive que l’on veuille cibler l’une et pas l’autre, mais la molécule que l’on a n’est pas assez spécifique pour agir que sur la cible d’intérêt», explique M. Bertrand.

Pour illustrer son propos, on peut imaginer que notre médicament est un tournevis à tête fendue. Bien que cet outil pourra serrer les vis à tête fendues, il pourra aussi aller serrer certaines vis à tête cruciformes.

Lorsque le médicament est relâché dans le corps, il se promène donc de manière aléatoire et va serrer les vis à tête fendues, ce qui aura l’effet souhaité, mais aussi certaines vis à tête cruciformes, ce qui peut causer des effets indésirables.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle