Le 28 novembre marque un moment fort dans l’histoire de la gouvernance locale au Nouveau-Brunswick. Presque un an jour pour jour après la parution du livre blanc sur ce sujet, le moment est venu pour les résidents directement affectés par la nouvelle carte de la politique locale de se rendre aux urnes pour élire leurs représentants.

La réforme pilotée par le ministre Daniel Allain, on se rappellera, a réduit le nombre d’entités locales de presque trois quarts, passant de 340 à 89.

Les 236 districts des services locaux (DSL), où vivait près du tiers de la population provinciale, ont disparu. La majorité de leurs résidents se sont joints aux municipalités adjacentes ou encore ont vu leurs DSL fusionner pour former une toute nouvelle municipalité. Les autres, qui selon les estimations les plus récentes représenteraient environ six pour cent de la population provinciale, ont été regroupés au sein de 12 nouveaux «districts ruraux», chacun couvrant le territoire non municipalisé de chaque commission des services régionaux (CSR).

Quant au nombre de municipalités, celui-ci est passé de 104 à 77, dont 50 sont considérées de «nouvelles entités».

Ce lundi, les résidents de ces nouvelles entités se rendaient aux urnes pour élire pour la première fois leur conseil municipal. Dans huit autres municipalités, des élections partielles étaient tenues pour élire les représentants de nouveaux territoires qui se sont joints à elles. Dans tous les cas sauf un (soit le village de Rivière-Verte, qui fait désormais partie de la cité d’Edmundston), ces territoires faisaient autrefois partie de DSL.

Même les résidents des anciens DSL qui n’ont pas été «municipalisés» dans le cadre de la réforme ont été appelés aux urnes. Dans les 12 districts ruraux, ceux-ci doivent élire au moins trois membres des comités consultatifs chargés de conseiller le ministre dans la gestion de leurs services locaux. Un ou plusieurs d’entre eux vont également représenter le district au sein du conseil d’administration de leur CSR.

Les citoyens appelés aux urnes proviennent principalement du monde rural. En un sens, cela se comprend puisque l’un des objectifs fondamentaux de la réforme était d’assurer la viabilité des gouvernements locaux.

Il demeure surprenant, cependant, que les frontières municipales de la cité de Saint-Jean soient demeurées intactes. En effet, s’il est une municipalité qui a connu de sérieuses difficultés au cours de la dernière décennie, c’est bien celle-là. Logiquement, une fusion avec les villes-dortoirs environnantes faiblement taxées telles que Rothesay et Quispamsis (où habite le premier ministre) aurait été de mise.

La réforme du ministre Allain visait également le renforcement de la démocratie locale. Ici, on pourrait être tenté de conclure que le bilan est positif sur toute la ligne compte tenu des développements décrits ci-haut.

Cela n’est cependant pas tout à fait le cas.

La réforme élargit considérablement le mandat des CSR. Bien que ces dernières deviennent plus puissantes, la démocratie représentative en leur sein ne sera pas pour autant renforcée. Le conseil d’administration de chaque CSR n’est pas élu directement, mais plutôt formé d’élus municipaux ou du comité consultatif du district rural. Il ne faut pas présumer que les décisions prises par les conseils d’administration existants sont celles que prendraient des conseils régionaux élus directement par les résidents.

Qui plus est, les projets des CSR devront être approuvés préalablement par le gouvernement provincial, qui financera la moitié de leurs coûts. C’est donc sous la tutelle paternaliste de ce dernier que les CSR devront opérer.

Enfin, il y a la question de l’équité. À cet égard, le tableau est on ne peut plus clair: le gouvernement a lamentablement manqué à son tout premier engagement, soit celui de respecter les principes d’équité du programme Chances égales pour tous. La nouvelle formule de financement des gouvernements locaux adoptée plus tôt cet automne va appauvrir toutes les municipalités et ce sont les plus pauvres qui écoperont le plus.

Cela dit, cette semaine, l’heure est à l’espoir et à la célébration. Malgré ses lacunes, qui pourront pour la plupart être comblées au fil du temps avec un peu de volonté, la réforme du ministre Allain est un solide pas de l’avant. Félicitations et bon succès aux nouveaux élus!

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle