Nous voici déjà à l’orée des fêtes de Noël. Il me semble que, hier encore, je zyeutais le temps depuis mon balcon, attendant l’arrivée du printemps, et, zoom, nous voici catapultés dans la féerie des Fêtes avec, en prime, la fameuse question annuelle: qu’est-ce que tu fais à Noël?

Tous les ans, je me fais avoir par le même scénario. Et chaque année j’ai l’impression d’avoir raté mon rendez-vous annuel avec l’été!

L’effervescence de cette période de l’année n’a pas encore atteint son paroxysme avec ses apéros de bureau, ses foules compactes dans les magasins, ses achats frénétiques, mais, en certains endroits, les bons samaritains de Nez Rouge ont déjà repris le collier, ce qui prouve bien que les Fêtes sont à nos portes.

Il paraît qu’ici à Montréal, l’historique avenue Mont-Royal, sorte d’épicentre névralgique du Montréal français, a ressorti ses lumières de Noël, revenant à l’essence de cette fête qui se décline maintenant dans ses variantes aussi culturelles que cultuelles. Car Noël sans lumière, c’est un non-sens.

***

De mon côté, pour bien entamer cette période festive, j’écris cette chronique en écoutant le magnifique «Dixit Dominus» du luthérien Haendel, composé en 1707, lors d’un séjour à Rome, pour honorer ses mécènes catholiques, comme quoi, même si Luther, théologien catholique, a combattu l’Église au 16e siècle en dénonçant le trafic des indulgences, avant d’être lui-même combattu et excommunié par l’Église, une certaine fraternité inter-chrétienne peut parvenir à s’exprimer, comme les touffes d’herbe qui poussent entre les fissures d’un trottoir, revigorant notre foi dans la vie.

Cela dit, on n’en est pas encore à la messe de minuit, dans un mois! Après ce dernier paragraphe, j’en ai donc profité pour passer à la musique profane, branché sur un mix de dance-pop et de disco-house – qu’on pourrait tout aussi bien appeler le disco-pop ou le dance house sans que ça ne change quoi que ce soit à l’histoire de l’humanité! L’essentiel, c’est que ça active les neurones et titille la réflexion.

Ciel, je découvre à l’instant que mes chroniques sont des partitions musicales! Vivement un Grammy Award!

***

Finalement, on a un mois pour tenter d’oublier les tourments actuels de la planète, comme la guerre en Ukraine et les manifs étonnantes en Iran ou en Chine. Sans oublier la candidature annoncée du bonhomme Trump aux prochaines élections américaines.

Ou la déshérence du peuple haïtien. Ou les tribulations de migrants surgissant de partout, en quête d’une vie nouvelle.

Peut-être même qu’on parviendra à oublier le dangereux déclin du fait français au Canada, à grand renfort de «Merry Christmas» lancés à nos voisins francophones et de «Jingle Bells» chantés à tue-tête dans les karaokés. Surtout qu’on a un bouc émissaire idéal pour endosser tous nos propres manquement linguistiques: Blaine Higgs, le tout premier chef de gouvernement coriste de la province.

***

À ce sujet, j’ai écouté la rediffusion des périodes de questions orales du mois de novembre sur le site ouèbe de l’Assemblée législative.

Premier constat: la période de questions est courte (trente minutes) et donc peu de députés libéraux interpellent le gouvernement.

Deuxième constat: les députés francophones libéraux s’expriment en français plus souvent que je ne l’aurais cru, mais peut-être était-ce dû à la controverse linguistique actuelle sur la présence d’un ministre anti-bilinguisme au comité chargé de réviser la Loi sur les langues officielles.

Troisième constat: je n’ai pas l’impression que c’est avec l’actuelle fournée de libéraux à Fredericton que l’Acadie va tirer son épingle du jeu. Certes, le parti vient de se dénicher une nouvelle cheffe invisible, mais c’est loin d’être un gage de succès à venir.

***

Louis Robichaud était un visionnaire. Il savait où il voulait amener l’Acadie. Mais ce n’est pas parce qu’il était premier ministre qu’il est devenu visionnaire. C’est plutôt parce qu’il était visionnaire qu’il est devenu premier ministre! À cet égard, on peut dire que les libéraux ont raté le coche avec leurs trois derniers chefs.

La révolution n’est pas pour demain!

En fait, ce que ça prendrait pour sauver l’Acadie d’un déclin annoncé, c’est une révolution des cœurs. Non plus seulement proclamer sa francophonie, mais la vivre en tout temps et en tout lieu. En sommes-nous capables?

Han, Madame?

***

NOTRE AMI BENOIT

J’ai connu Benoît Duguay en 1972, à Fredericton, chez mon amie Marie-Paule Martin. Il était au piano et il émanait de lui un entrain, je dirais même une joie de vivre, qu’il avait su me communiquer avec humour et cette élégance discrète que je lui ai toujours connue depuis toutes ces années.

Son amour de l’Acadie, il a su en faire un terreau fertile par son engagement à promouvoir les bourses France-Acadie qui ont permis, et permettent encore, à tant de jeunes de prendre «le départ pour d’autres merveilles», pour citer son illustre frère Calixte dans sa merveilleuse chanson «Les Aboiteaux» qui appelle l’Acadie à prendre le large, à franchir l’horizon de sa destinée.

Justement, par son engagement journalistique, Benoit a su pousser l’Acadie sur la scène internationale où l’attendaient d’autres merveilles. Et par son engagement auprès de l’Université du Troisième Âge et du Salon du livre, il a fait en sorte que d’autres générations soient, elles aussi, toujours du voyage.

Il a été porté par une foi inébranlable dans l’Acadie de demain, parce qu’il a su transcender le tragique de l’histoire. L’Acadie lui doit beaucoup, car il aura, à la mesure de ses moyens, contribué à façonner son destin. Il a été à la hauteur de ce qu’un pays peut attendre d’un citoyen si profondément engagé envers son épanouissement.

La France a reconnu ses mérites en lui conférant la Légion d’Honneur. Espérons que l’Acadie saura à son tour lui rendre l’hommage qui lui et dû. Bon vent, cher Benoit.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle