Même si l’écrivain français Christian Bobin est décédé le 24 novembre dernier, ses mots vont continuer de nous faire rêver, réfléchir et donner un peu de lumière sur une vie pas toujours facile. De nombreux hommages lui ont été rendus autant en Europe que de ce côté-ci de l’Atlantique. Récemment j’ai visité une exposition à Moncton où le poète, considéré par certains comme un sage, était cité.

Je vous propose de lire ou de relire deux de ses quelque 60 publications, donnant ainsi un bref aperçu de son œuvre.

Le muguet rouge, Christian Bobin

Paru en octobre dernier, ce livre est constitué d’une suite de récits poétiques. L’auteur nous invite à le suivre dans une promenade littéraire, un peu comme un rêve éveillé, à travers la nature nous exposant sa vision du monde. Les thèmes de l’art, de la nature, de l’amour, de la naissance, de la mort et des relations humaines sont très présents. S’il exprime une certaine colère face aux catastrophes qui secouent le monde, il reste que son amour de la vie triomphe grâce à la poésie, à la musique et à l’art.

«Le monde s’effondre comme une roche cariée se détache d’u

ne falaise et mon coeur fleurit du même tissu que les chemises de Stéphane Grappelli…»

«Le monde s’en va. Ce ne sont pas seulement les banquises qui s’effondrent, c’est notre coeur. La musique nous ranime, frotte nos joues avec la paille de l’air.»

La nature occupe une grande place dans son œuvre. Ses réflexions parfois percutantes, demeurent pertinentes et touchantes. Le muguet, fleur symbolique, revient souvent dans les textes. Le livre s’ouvre sur un court récit qui donne le ton à ce recueil qui se lit par petites doses.

On ne comprend pas nécessairement tout du premier coup, alors il faut se donner du temps et de l’espace entre les lectures pour essayer d’en saisir le sens. On peut aussi se laisser tout simplement porter par les mots. Le poète célèbre les philosophes, les écrivains et les créateurs de plusieurs époques allant de Gérard de Nerval à Franz Kafka en passant par Bach, Pascal et Descartes. Il rend hommage aussi aux êtres aimés tels que son père décédé qui dans un rêve lui rend visite. Ses mots nous restent gravés dans l’esprit. (Gallimard, 2022). ♥♥♥½

La plus que vive, Christian Bobin

Ce livre figure parmi ses incontournables. À mon avis, La plus que vive est véritablement un trésor de délicatesse. Je n’ai jamais lu une aussi belle lettre d’amour. L’écrivain met son coeur à nu pour déclarer son amour qui, malgré la mort, est toujours bien vivant. Son amoureuse Ghislaine est décédée subitement d’une rupture d’anévrisme au cerveau à l’âge de 44 ans, le 12 août 1995, au Creusot, ville natale de l’auteur.

Un an après, le poète a publié ce livre qui constitue en quelque sorte sa réponse au vide qu’a laissé sa mort. «L’événement de ta mort a tout pulvérisé en moi», écrit-il.

Tout au long de ce récit d’une centaine de pages, il écrit et réécrit son amour pour cette femme qui était la plus lente qu’il ait jamais connue, mais aussi la plus rapide puisque, souligne-t-il, «quarante-quatre ans de ta vie sont passés, comme un éclair très lent d’un seul coup avalé par le noir.»

«Je t’aime – cette parole est la plus mystérieuse qui soit, la seule digne d’être commentée pendant des siècles.»

Dans ce livre qui a une approche plus philosophique que poétique, il revient sur sa vie avec son amoureuse. Une femme rayonnante, libre, amoureuse et une mère merveilleuse.

«Une mère parfaite est celle qui, comme toi, donne son amour sans compter, sans attendre qu’on lui rende la monnaie, et surtout elle ne vit pas que pour ses enfants, elle vit ailleurs aussi, elle vit d’autres amours…. »

Le ton n’est jamais larmoyant. En refermant le livre, on se dit qu’on aurait aimé connaître cette femme. L’écrivain a le don de magnifier les recoins les plus sombres de l’existence. Il nous livre ses analyses souvent très justes sur divers sujets comme la jalousie, l’absence, la mort, l’éternité. Voici un passage qui m’a particulièrement marquée.

«La vie n’est pas chose raisonnable. On ne peut, sauf à se mentir, la disposer devant soi sur plusieurs années comme une chose calme, un dessin d’architecte. La vie n’est rien de prévisible ni d’arrangeant. Elle fond sur nous comme le fera plus tard la mort, elle est affaire de désir et le désir nous voue au déchirant et au contradictoire.»

Cette citation résume assez bien le poète. «J’ai comme tout le monde des yeux pour voir. Et je vois. Et j’écris suivant ce que je vois. Dès que j’ai commencé à écrire, je me suis tourné vers cette photographie (la mère de sa mère). Pourquoi, je l’ignore. De cette ignorance je tire force et clarté.» (Gallimard, 1996). ♥♥♥♥½ n

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