Quand on commence à prendre de l’âge, c’est fatal, on se met à réfléchir à l’avenir, aux options qui nous attendent quand notre santé déclinera. Le moins qu’on puisse dire c’est que les options ne sont pas nombreuses et franchement déprimantes. De plus, c’est une chose de s’inquiéter pour soi-même, mais c’est bien pire quand on envisage ce déclin à deux.

Comme si ça ne suffisait pas, tout cela peut être encore plus effrayant dépendant d’où l’on vit au Canada. À Terre-Neuve-et-Labrador rien ne garantit à un couple le droit d’entrer ensemble dans un foyer, surtout si un des conjoints a besoin de plus de soins que l’autre.

Au tout début de ma carrière de chroniqueuse pour ce journal, je me souviens d’avoir évoqué un couple ainsi déchiré après plus de 50 ans de mariage. Figurez-vous que rien n’a changé! Quelques exemples récents le prouvent. Pourtant, en Nouvelle-Écosse, une loi, adoptée en 2021, interdit au système de santé de séparer des couples qui doivent entrer en foyer de soins. À ce que je sache, c’est la seule de nos quatre provinces à protéger ainsi nos aînés.

Ce qui m’amène au vaste sujet des soins pour les aînés qui varient selon les provinces, les gouvernements en place, leur bon-vouloir ou leurs compétences en la matière. J’ai beau comprendre que nous vivons dans une fédération, je saisis mal qu’on puisse être traité différemment selon qu’on habite au Québec, en Alberta ou à l’Île-du-Prince-Édouard. Hormis l’assurance d’être soigné, comme n’importe qui, dans n’importe quel hôpital du pays en cas d’urgence, comment se fait-il que les services aux personnes âgées varient tellement d’une province à l’autre? Et, question encore plus pressante: pourquoi y a-t-il si peu de standards nationaux en la matière?

N’est-on pas, après tout, égaux devant la maladie et le poids d’un corps vieillissant? Ah, j’entends déjà certains s’écrier «c’est une question des moyens financiers de chaque province!» Ce qui m’amène à une dernière constatation: le modèle suivi au pays pour s’occuper des personnes âgées ne tient plus: on les parque dans des bâtiments de plus en plus gros, impersonnel et déprimant, on les coupe de leur famille, de leur environnement, et on les empêche de continuer à contribuer à la communauté. Pourtant, on sait qu’ailleurs dans le monde il y a des modèles beaucoup plus humains ET plus économiquement performants que le nôtre.

Tant que les provinces continueront à protéger leurs sacrosaintes «compétences provinciales», tant que le gouvernement canadien ne réussira pas à imposer des standards nationaux et un modèle pancanadien de soins des personnes âgées, on restera à la merci d’une fin de vie cauchemardesque. Ce difficile débat n’a que trop tardé. Et comme la population vieillissante ne cesse de croître, c’est sans doute à nous, membres du club dit (bien à tort!) de «l’âge d’or», de le lancer!

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