Avant ou avent?

Dimanche dernier, nous sommes entrés dans le temps de l’Avent. Je me demande si les gens sont nombreux à le savoir. Vous n’avez pas besoin de me répondre.

De nos jours, l’Avent signifie peu de choses pour la plupart. Même si certains achètent et suivent un «calendrier de l’Avent», ceux-ci commencent invariablement le 1er décembre alors que l’Avent commence le 4e dimanche avant Noël. Et ils font fi de la dimension religieuse de la fête. Il serait plus approprié de parler des calendriers de l’Avant-Noël (avec un a) et non de l’Avent.

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J’aime le temps de l’Avent. J’ai le même rapport avec les temps liturgiques qu’avec les mois de l’année: mon préféré est celui dans lequel je suis. J’aime les chants de l’Avent: du classique Veni Emmanuel jusqu’au contemporain 23 décembre. J’aime les odeurs des pâtés et des gâteaux aux fruits, du sapin et du vin chaud. Et les lumières éclairant les longues soirées! J’ai installé les miennes cette semaine.

Et pourtant…

Pendant des années, j’ai maugréé contre les gens qui ne pouvaient pas attendre jusqu’à Noël pour célébrer. Je trouvais qu’on décorait trop tôt. Que les «partys» étaient trop nombreux avant le 25 décembre. Que les pâtisseries étaient mangées avant que la visite arrive. Cette année, mes lectures m’ont fait prendre conscience qu’en faisant commencer la fête dès la fin novembre, le monde a peut-être compris le sens de l’Avent chrétien. On s’est approprié l’Avent, comme on l’a fait pour Noël.

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«Avent» vient du latin «adventus» signifiant avènement. Alors que l’Église se prépare à célébrer l’anniversaire de la naissance du Christ dans une étable à Bethléem, elle nourrit aussi son espérance qu’il reviendra dans la gloire à la fin des temps. Ces deux vérités peuvent en masquer une autre: les avènements de Dieu au quotidien. Ce n’est pas en un lieu spécifique, ni un jour précis, qu’Il vient; c’est ici et maintenant!

Croire que les avents de Dieu sont limités à deux moments de l’histoire dont nous ne sommes pas contemporains, c’est passer à côté de la beauté de l’expérience spirituelle de ce temps liturgique: devenir disponibles aux avènements de Dieu dans nos vies et les célébrer.

Imaginer la venue de Dieu dans un passé ou un futur lointain dispense de l’accueillir aujourd’hui. Notre cœur est astucieux pour se dérober des visites impromptues de Dieu: il préfère commémorer sa naissance dans le passé. Notre insistance à préparer et à célébrer l’avènement de Noël serait-elle une manière d’échapper à la rencontre actuelle avec Dieu?

Les Normes universelles de l’année liturgique présente l’Avent comme un temps de joyeuse attente. Exit le caractère péntenitiel qui l’a déjà fortement caractérisé. C’est le temps de reconnaître les visites divines et les célébrer. Il faudrait ajuster le cantique d’autrefois: Chantons tous ses avènements.

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Nous chantons dans nos Églises «Venez Divin Messie». Nous souhaitons sa venue, mais c’est souvent à condition qu’elle n’enlève rien à notre confort et à notre routine sécurisante. Nous ne voudrions pas voir nos habitudes de vie bouleversées.

Il frappe à la porte du cœur, nous hésitons de Lui ouvrir. La tentation est grande de se laisser toucher uniquement par les événements que nous maîtrisons. Lorsque la porte principale est fermée, Il dispose d’entrées dérobées et secrètes; impossible de maîtriser les conditions des visites divines. Les avents de Dieu sollicitent une vigilance de notre part.

Ça demande une grâce d’abandon pour accueillir l’Autre. C’est le début d’une aventure déconcertante. Accueillir l’Enfant dans sa vie, c’est accepter de ne pas tout contrôler et de se laisser conduire par Lui.

Au cours de l’histoire, des gens (qu’il suffise de mentionner Kant et Marx) ont affirmé que la religion pouvait ressembler à un opium pour tranquilliser les esprits et apaiser les peurs. Ils ne soupçonnaient pas les exigences d’accueillir Dieu dans une vie et de s’en remettre à Lui. Pour s’immuniser contre les influences des visites divines, certains s’enferment pour y échapper. Au lieu de se fermer, l’Avent propose un autre chemin: ouvrir les yeux, les mains et le cœur. Il vient… prenez garde!

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