Dans le dossier du logement comme dans bien d’autres, le gouvernement de Blaine Higgs croit dur comme fer en la magie du marché. Pour lui, les problèmes auxquels font face les Néo-Brunswickois vont se régler d’eux-mêmes si seulement on laisse libre cours à la loi de l’offre et de la demande.

Il s’agit là d’une vision simpliste des choses. Derrière la crise qui sévit présentement à travers la province se trouve une réalité implacable: l’offre n’arrive tout simplement pas à répondre à la demande. Derrière cette réalité s’en trouve une autre : il manque sérieusement de travailleurs dans l’industrie de la construction pour satisfaire la demande induite par une population qui explose.

Tant et aussi longtemps que cette situation perdurera – et elle risque de le faire longtemps en l’absence d’une stratégie concertée de la part de tous les acteurs pour augmenter le nombre de travailleurs – la crise ne se résorbera pas.

Le logement est un bien de base pour lequel il n’y a pas d’alternatives sauf la rue. Lorsque l’offre excède la demande, les loyers ont tendance à grimper en flèche afin de « détruire » une partie de la demande.

Ce sont surtout les gens à revenu modeste qui font les frais de ce processus. C’est principalement eux qui se retrouvent avec des loyers qui absorbent une trop grande part de leur revenu, qui doivent se satisfaire d’un logement inadéquat ou encore vivre en colocation. Dans les cas extrêmes, qui sont malheureusement de plus en plus nombreux, ils n’arrivent tout simplement pas à se loger.

Le plafonnement de la hausse des loyers est une mesure largement répandue pour aider les locataires à faire face à un marché qui s’emballe. Dans les deux autres provinces des Maritimes, on a opté pour garder de telles mesures en 2023. À l’Île-du-Prince-Édouard, les loyers des locataires existants seront gelés. En Nouvelle-Écosse, la hausse sera limitée à deux pour cent.

Le gouvernement Higgs, lui, fait cavalier seul en éliminant le plafond qui a limité la hausse des loyers à 3,8 pour cent, soit le taux d’inflation de 2021.

Il y a fort à payer que les loyers pour de nombreux logements protégés par le plafond cette année vont grimper rapidement l’an prochain. Et c’est sans doute les logements les plus abordables – en forte demande mais de plus en plus rares – qui risquent de connaître la plus forte hausse.

Certes, le gouvernement a récemment étoffé quelque peu ses mesures pour définir ce qu’est une hausse «raisonnable». Le hic, c’est que le marché n’a pas pour but d’être «raisonnable», mais plutôt d’équilibrer l’offre et la demande.

Il ne faudra donc pas être surpris de voir le marché produire des hausses de loyers que le commun des mortels serait loin de considérer «raisonnables», particulièrement pour les logements parmi les moins dispendieux. Qui plus est, il est difficile de voir comment les locataires qui choisiront de contester leurs hausses de loyer devant le Tribunal sur la location de locaux d’habitation obtiendront gain de cause si de nombreux autres locataires dans une situation semblable font face à des hausses comparables.

Le plafonnement des loyers, faut-il le rappeler, est loin d’une mesure parfaite. En bout de ligne, il produit deux classes de locataires: ceux qui ont déjà un logement (tant et aussi longtemps qu’ils ne font pas l’objet d’une «rénoviction») et ceux qui doivent se livrer une concurrence féroce pour le peu de logements disponibles sur le marché. Parmi ces derniers, on retrouve des étudiants, des Néo-Brunswickois qui doivent déménager pour occuper un nouvel emploi, de même que les nouveaux arrivants. Ceux d’entre eux qui touchent un revenu modeste ont eux aussi besoin d’aide pour se trouver un logement.

Il y a près de deux ans, j’ai écrit dans l’une de mes chroniques que si rien n’était fait pour leur venir en aide, les pauvres et les vulnérables allaient faire les frais de la croissance démographique du Nouveau-Brunswick.

En éliminant le plafond sans pour autant adopter un programme majeur d’aide au loyer pour les gens à revenu modeste, Blaine Higgs est en train de prouver que cette crainte était fondée.

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