Finie! Ma carrière de sportif est finie. En fait, elle s’est terminée le jour où j’ai eu mon premier contact avec le sport. Tous sports confondus. Même celui de le regarder à la télévision. J’suis pas bon là-dedans. De toute évidence, quand mon frère Stéphane est né, il a pris le talent pour tous les sports. Quatre ans plus tard, quand je suis débarqué, il restait les pichenottes et le O-K-O. Et encore. Aux pichenottes, une fois sur deux je triche pour gagner…

Pourtant, on nous plonge dans ça dès le primaire. Mais moi je préférais, et de loin, risquer de me pincer les doigts en jouant avec les petits tapis roulants ou encore faire des vagues avec l’espèce de gros parachute multicolore plutôt que d’essayer de lancer un ballon dans un panier. Je ne comprenais pas à quoi ça pouvait bien servir de s’exciter après une balle ou une rondelle de hockey. Et ne me parlez pas de courir. Je courais aussi vite qu’un éléphant avec un ongle incarné.

Moi, j’ai nagé avec une veste de sauvetage tout au long de mon primaire. C’est pas mêlant, même si je touchais quasiment par terre, je la portais quand même au cas où. Quand j’étais petit et qu’on avait une sortie à l’aréna, j’angoissais presque. Je n’ai jamais su comment arrêter en patin. Encore aujourd’hui, je ne sais pas comment. À l’époque, je me pitchais dans la bande, dans la neige ou sur quelqu’un pour arrêter. Dans les trois cas, ça fait des bleus quelque part sur le corps; des fois sur le mien, des fois sur celui d’un autre. Je peux vous dire que je me suis rarement fait des amis à l’aréna. Moi, quand j’allais là, c’était uniquement pour manger une frite-sauce-ketchup à Augustin… même s’il nous chargeait cinq cennes par enveloppe de ketchup de plus.

À l’été 1990, j’ai même essayé de jouer à la balle-molle. J’y suis allé à peu près trois fois dans toute la saison. J’étais receveur, mais je ne comprenais même pas ce que je faisais là. Je savais que je devais recevoir… mais recevoir quoi? Aucune idée. Je l’ai appris au premier lancer. Pour vous montrer à quel point j’étais loin d’être un sportif de haut niveau, je souhaitais un «bonne chance» bien senti et sincère à chaque joueur qui se présentait au marbre. Même si ceux-ci jouaient dans l’autre équipe. Méchant esprit sportif!

Au secondaire, ce n’était pas mieux. Je me souviens des paliers ou communément appelés: les goddams de «bip-bip». L’idée derrière ça, à part celle de nous faire suer, c’était de compléter des largeurs de gymnase, aller-retour, en s’assurant d’être rendu d’un côté avant qu’un «bip» se fasse entendre. L’affaire, c’est que plus t’en fais, plus t’es essoufflé et plus t’es essoufflé, plus rapprochés sont les bips. Et c’est censé améliorer notre condition. Tu me parles d’une histoire! Comme si, sur ton lit de mort, on venait tranquillement pincer ton tube d’oxygène en pensant que ça va améliorer ta condition. Alors je peux vous dire qu’en plus d’avoir un ongle incarné, l’éléphant tombait rapidement en crise d’asthme.

On subissait aussi le test des push up. La honte. Devant toute la classe, on devait en réaliser le plus grand nombre possible, et on pouvait ensuite comparer notre résultat avec celui qu’on avait obtenu l’année d’avant. Dans mon cas, c’était facile à comparer: un la première année, deux la deuxième et ainsi de suite. Une amélioration constante. De la graine de culturiste, comme on dit. C’est pas mêlant, chaque fois, dès ma première remontée, mes bras se mettaient à shaker comme le mélangeur à peinture à Léo-Paul à Avila Aucoin et je suais de la coupe Étang-du-Nord (ou coupe Longueuil, c’est selon) à plus savoir quoi faire.

Il faut dire que mes professeurs d’éducation physique ne m’ont pas aidé non plus. Au secondaire, j’ai eu entre autres un genre de gros nounours qui marchait au pas de tortue avec un air de bœuf. Lui, je l’aimais parce que son «pas d’air» me faisait rire, mais je me suis toujours demandé comment il faisait pour bouger aussi peu tout en étant prof d’éduc.

J’en ai également eu un autre qui, voulant nous montrer comment faire quelque chose, n’était jamais capable de réussir ce qu’il voulait nous montrer. Par exemple, il nous disait: «voici comment il faut lancer le ballon pour bien réussir un panier au basketball». Après trois ou quatre tentatives ratées, il abdiquait en disant: «C’est comme ça, mais l’idée c’est de le faire passer dans le panier»… Ou encore, quand il souhaitait nous apprendre comment bien faire un push up, il demandait à un élève d’en faire un pour ensuite nous expliquer comment faire mieux que cet élève-là. De la belle pédagogie! D’après moi, c’est que s’il avait effectué lui-même sa démonstration, on aurait tous découvert qu’il n’y avait pas qu’à moi que ça faisait shaker les bras comme le mélangeur à peinture à Léo-Paul à Avila.

Je ne suis même pas bon en sportif de salon, c’est bien pour dire. J’ai plus hâte de voir la Kiss Cam du Centre Bell que des gars se battre pour une rondelle. Et c’est achalant parce que comme je suis un gars, on dirait que je suis supposé de toujours savoir où sont rendus les Canadiens dans les séries. Arrêtez de me parler de la dernière performance de Carey Price; je sais même pas c’est qui. Moi, je connais juste ses deux frères: Fisher et Club.

En même temps, j’envie ceux et celles qui sont capables de se laisser emporter par la game jusqu’à en crier après les joueurs à l’aréna. Je n’ai jamais crié après Guylaine Tremblay au théâtre; peut-être que ça me ferait du bien.

Aujourd’hui, j’ai trouvé mon sport. Je cours. Je cours pour me garder un peu en forme. Mais je cours aussi après mon temps, après les enfants, après la vie. Et ça, ça garde en forme aussi. Je suis même pas pire dans ça… J’arrive presque pas mal toujours avant les goddams de «bip-bip».

On se r’parle!

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