L’ancien président brésilien Jair Bolsonaro était à ce point un émule de l’ex-président américain Donald Trump que non seulement on le surnommait le «Trump des tropiques», mais on prédisait que sa défaite allait occasionner à Brasilia des insurrections semblables à celles qu’on a vu à Washington le 6 janvier 2021. Malheureusement, les prédictions se sont avérées justes.

Le 6 janvier 2021 à Washington et le 8 janvier 2023 à Brasilia sont désormais des dates sombres de l’histoire récentes des démocraties. À deux ans d’écart, presque jour pour jour, des institutions démocratiques ont été attaqués par une foule ne respectant pas le verdict des urnes.

À Brasilia, la capitale du Brésil, ce sont le Palais du Planalto, lieu de travail du président de la République, le Congrès national du Brésil, soit le parlement composé du Sénat fédéral et de la Chambre des députés, de même que le Tribunal suprême fédéral, qui est la plus haute instance du pouvoir judiciaire, qui ont été attaqués. Ces édifices sont tous situés sur la place des Trois Pouvoirs, symbolisant le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire.

Que ce soit à Washington, avec l’assaut du Capitole, ou à Brasilia, les insurgés se sont donc attaqués aux symboles de la démocratie. Ces événements ne peuvent être associés à des manifestations, essentielles en démocratie, puisqu’elles prennent plutôt la forme de tentatives de coups d’État.

Tout comme aux États-Unis où l’on a créé une commission d’enquête parlementaire sur l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, des questions restent à éclaircir face aux événements du 8 janvier 2023 à Brasilia. Les responsables et leurs complices doivent être identifiés et jugés.

Le rôle de l’ancien président Jair Bolsonaro n’est pas à négliger. Bien qu’il fût en Floride au moment des événements, il n’a pas facilité la transition du pouvoir à son successeur Luiz Inácio Lula da Silva en menaçant, durant la campagne électorale de l’automne dernier, de ne pas reconnaître les résultats et, au lendemain du second tour de l’élection présidentielle, en refusant de reconnaître clairement sa défaite.

Ces événements illustrent encore une fois les dangers que représentent le populisme d’extrême droite pour les démocraties. L’extrême droite, en prenant la posture populiste, prétend parler au nom du peuple, mais est incapable de respecter les règles les plus élémentaires de la démocratie.

Le peuple des populistes n’a rien à voir avec le peuple des démocrates. Le peuple des populistes ne connait pas la segmentation des classes sociales à l’exception de deux groupes qu’on oppose, soit le «peuple», qui prend la forme d’une majorité fantasmée, et les minorités en général, les «élites» en particulier.

En attaquant les institutions de la place des Trois Pouvoirs, ce sont les élites que les insurgés attaquaient parce qu’ils les jugeaient responsables de tous les maux et d’être «tous pourris» comme le veut la formule. Je me suis d’ailleurs intéressé à l’antiélitisme sur la scène politique dans mon essai La dérive populiste (Poètes de brousse, 2013).

Ces manipulations des foules n’auraient sans doute pas pu être possible sans les réseaux sociaux, notamment Facebook, Twitter, TikTok, Telegram et WhatsApp qui sont fort populaires au Brésil. Grâce aux réseaux sociaux, les fausses nouvelles, les «faits alternatifs» et les théories du complot peuvent aisément circuler et mener à ce genre d’événement.

Le Brésil est une démocratie relativement récente ayant été sous le joug d’une dictature militaire de 1964 à 1985. Les événements du 8 janvier 2023 à Brasilia démontrent clairement que le «bolsonarisme» est une menace pour la jeune démocratie brésilienne.

Jair Bolsonaro a perdu les élections présidentielles le 30 octobre dernier face à Luiz Inácio Lula da Silva qui est entré en fonction le 1er janvier 2023, mais le «bolsonarisme» n’est pas disparu pour autant. Des partisans de Jair Bolsonaro occupent plusieurs postes de députés et de sénateurs au Congrès du Brésil de même que des postes de gouverneurs dans nombreux États du pays.

Le «trumpisme» et le «bolsonarisme» sont des menaces directes aux démocraties. Les mouvements populistes et d’extrême droite, au Brésil, aux États-Unis ou ailleurs, sont extrêmement inquiétants et un devoir de vigilance s’impose.

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