Dans les colonies britanniques établies là où se trouvait autrefois l’Acadie, les descendants du Grand Dérangement ont dû attendre longtemps avant de pouvoir participer pleinement à la vie publique et politique.

Le premier Acadien des Maritimes à être élu et à prendre place dans une assemblée législative est Simon d’Entremont, en Nouvelle-Écosse.

Élu aux élections à l’automne 1836 dans le district d’Argyle, ce fier descendant de Philippe Mius, baron de Pobomcoup (devenu Pubnico) se présente à l’Assemblée législative à Halifax en janvier. On lui demande de prêter un serment par lequel il reniait sa foi catholique. Le fameux serment du test. Il répond: «J’avalerais plutôt un chien de mer, la queue la première que de jurer ça.» L’image était forte, car l’aiguillat, appelé chien de mer, avait une épine en direction de la queue…

Autodidacte, Simon d’Entremont était juge de paix et était réputé pouvoir parler et lire le français, l’anglais, le latin et la langue des Mi’kmaqs. Il savait que ce serment n’était plus requis depuis plusieurs années.

Finalement, d’Entremont a pu prendre place à l’Assemblée et a fait l’Histoire. Un autre Acadien, Frédéric Robichaud, qui avait été élu lors des mêmes élections, mais qui était malade au moment de l’ouverture de la Chambre, a fait son entrée à l’Assemblée en février.

Simon d’Entremont d’Argyle a été le premier Acadien à siéger à une Assemblée législative dans les provinces maritimes. – Photo: Wikimedia Commons, Domaine public.

Au Nouveau-Brunswick, il faudra attendre 1846 pour qu’un premier Acadien et catholique, Amand Landry, soit élu et puisse siéger.

À l’Île-du-Prince-Édouard, c’est Stanislas François Perry (né Poirier) qui aura cette distinction, neuf ans plus tard, en 1854.

Origine du serment du test

L’émancipation politique des catholiques – et donc des Acadiens – dans les provinces maritimes avait été rendue possible par la décision du Royaume-Uni, en 1829, d’abolir les restrictions empêchant les catholiques de siéger à une assemblée législative.

Le premier serment anticatholique en Angleterre entre en vigueur en 1635, sous le règne d’Henri VIII, avec l’adoption du Supremacy Act. Pour obtenir une charge publique, les catholiques doivent ainsi jurer que le roi anglais est le «gouverneur suprême», notamment en matières spirituelle et ecclésiastique. L’autorité du pape est donc reniée.

Des serments similaires seront adoptés par la suite, dont dans le Test Act de 1673. Cette loi ajoute une renonciation de la transsubstantiation, soit la croyance que, lors de l’eucharistie, le pain et le vin sont transformés en la substance du corps et du sang du Christ.

Dans les colonies britanniques, la mise en œuvre des serments anticatholiques allait évoluer différemment selon les endroits.

Dans le Canada conquis par les Britanniques, les habitants catholiques en sont exclus dès 1774, par l’Acte de Québec. Londres craignait qu’ils se joignent aux colonies américaines en rébellion.

En Nouvelle-Écosse, 13 ans avant l’élection des Acadiens Simon d’Entremont et Frédéric Robichaud, un catholique avait réussi l’exploit de siéger à l’Assemblée législative: Laurence Kavanagh.

Monument commémorant l’emplacement de la maison de Laurence Kavanagh, à St. Peter’s, au Cap-Breton. – Photo: Wikimedia Commons, Share Alike 4.0.

Un Irlandais catholique brise le mur protestant

Fils d’un immigrant irlandais venu s’installer au Cap-Breton, Laurence Kavanagh (ou Cavanagh), avait hérité avec son frère de l’entreprise marchande de son père. Il s’installe à St. Peters, près du lac Bras d’Ord, et devient l’un des marchands les plus prospères du Cap-Breton.

Vers 1789, Laurence Kavanagh épouse une Acadienne: Félicité Lejeune, fille de Marie Anne Lasonde et de Germain Lejeune, un marchand de la région dont la famille est issue de l’ancienne Acadie.

En 1820, Kavanagh est élu député du Cap-Breton, un territoire qui vient d’être rattaché à la Nouvelle-Écosse après avoir été une colonie indépendante depuis 1784.

Ce n’est qu’au début de la session de 1822 que Kavanagh peut tenter de siéger. À son arrivée à l’Assemblée, on lui soumet le serment du test. Il refuse de le prêter. Mais il a un allié en la personne du lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, James Kempt.

Celui-ci avait Kavanagh en estime. Il entreprend des démarches afin que ce dernier puisse faire son entrée en Chambre. Le 2 avril, James Kempt présente à l’Assemblée un message de Londres provenant du secrétaire d’État aux Colonies, lord Henry Bathurst (qui a donné son nom à la ville du nord-est du Nouveau-Brunswick), enjoignant la Chambre «de permettre à M. Kavanagh de siéger à l’Assemblée (…) et de l’exempter de prononcer une déclaration contre la papauté et la transsubstantiation».

Le lendemain, 3 avril, après quelques désaccords, l’Assemblée législative adopte une motion – 21 pour, 15 contre – permettant à Laurence Kavanagh à siéger sans avoir à prêter les serments anticatholiques. La même motion dispensait à l’avenir tout député catholique élu de ces serments. C’était il y a 200 ans.

Il s’agissait là d’une démarche tout à fait extraordinaire pour une colonie, alors que le Parlement britannique n’allait faire de même que six ans plus tard, en 1829 avec le Roman Catholic Relief Act. La Nouvelle-Écosse aura donc été un précurseur. Le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard donneront suite à la nouvelle loi britannique peu après. Le serment du test était bel et bien mort.

Extrait du serment du test (serment de suprématie)

«Je déclare que nul prince, personne, prélat, état, ou potentat étranger a, ou devrait avoir, aucune juridiction, pouvoir, supériorité, prééminence, ou autorité ecclésiastique ou spirituelle dans ce royaume.»

Serment contre la transsubstantiation

Je, A. B. déclare que je crois qu’il n’y a pas dans le sacrement de la Sainte Cène de Notre Seigneur Jésus-Christ, aucune transsubstantiation des éléments de pain et de vin, ni dans le moment de leur consécration, ni après leur consécration, par quelque personne que ce soit.»

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