Les leaders populistes vont souvent se présenter comme de grands démocrates en disant vouloir redonner le pouvoir au peuple, par les parlements et les élus. Bien souvent, ils vont s’en prendre au pouvoir des juges en remettant en question leur légitimité démocratique.

Les juges ne sont pas élus, contrairement aux parlementaires qui sont élus par leurs concitoyens et, pour cette raison, on dénonce parfois leur pouvoir par la formule «gouvernement des juges». Il existe une inquiétude face à la tendance voulant qu’un nombre de plus en plus grand de décisions relève du judiciaire plutôt que du politique.

Toutefois, cette formule «gouvernement des juges» n’est pas toujours utilisée dans le plus grand intérêt de la démocratie. En grattant un peu, on se rend compte que cette formule est fréquemment utilisée comme une façon de s’opposer aux constitutions, aux chartes et aux décisions des tribunaux qui protègent les minorités.

La formule «gouvernement des juges» tire son origine de l’expression américaine «government by the judiciary». La formule se veut une dénonciation des juges indépendants, plus particulièrement ceux des cours constitutionnelles.

On retrouve ce phénomène un peu partout dans le monde. C’est ce qu’on a vu récemment au Brésil où l’on a assisté à une attaque des institutions de la capitale, dont le Tribunal suprême fédéral, par les supporteurs de l’ancien président et leader d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Ce n’est sûrement pas un hasard si, le 8 janvier dernier à Brasilia, les insurgés ont vandalisé le Tribunal suprême fédéral qui est à la fois une Cour suprême et une Cour constitutionnelle. Il est logique de croire que c’était aussi une façon de s’opposer à une décision du Tribunal suprême fédéral qui avait confirmé les poursuites contre Jair Bolsonaro et ses proches pour conflits d’intérêts.

Durant son mandat à la présidence des États-Unis, Donald Trump a fortement politisé le processus de désignation des juges à la Cour suprême. Sa stratégie lui aura permis de nommer le tiers des neuf juges et de faire basculer la Cour suprême dans le conservatisme, ce qui n’est sans doute pas étranger à sa décision de révoquer le droit à l’avortement.

Qui plus est, en nommant Amy Coney Barrett à la toute fin de son mandat, Donald Trump renonçait au principe voulant qu’à la veille d’élections présidentielles, on attende les résultats du scrutin avant de faire une nomination. Sans compter que les juges choisis par Donald Trump ont été officiellement nommés par le Sénat avec très peu de voix du parti adverse pour Neil Gorsuch, une seule voix pour Brett Kavanaugh et aucune voix dans le cas d’Amy Coney Barrett.

Le premier ministre Viktor Orban en Hongrie, réélu pour une quatrième fois en 2022, ne cesse de menacer l’État de droit et de tenter de soumettre les juges à son influence politique. Il est d’ailleurs le chef de file des démocraties «illibérales» comme le veut l’expression du journaliste américain Fareed Zakaria.

En France, les leaders d’extrême droite, notamment Marine Le Pen et Éric Zemmour, vont dénoncer le «gouvernement des juges» pour s’opposer aux pouvoirs du Conseil constitutionnel et du Conseil d’État. En Europe, on va dénoncer la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg, qui est compétente pour traiter des recours visant n’importe quel État membre du Conseil de l’Europe.

Les leaders populistes se disent démocrates parce qu’ils cherchent à obtenir le pouvoir par la voie des urnes. Une fois au pouvoir, lorsqu’ils ont gagné les élections, ils se disent qu’ils ont toute la légitimité démocratique pour mettre en œuvre leur programme et qu’ils devraient pouvoir le faire sans aucune entrave.

Ainsi, les discours populistes ne s’attaquent généralement pas à la démocratie en tant que telle, mais aux contre-pouvoirs qui les empêcheraient de mettre en œuvre leur programme. Pour les populistes, la démocratie se limite à l’élection et ils ne reconnaissent pas comme démocratiques les institutions mises en place pour garantir les droits des minorités.

Autrement dit, les courants populistes se disent démocrates en faisant la promotion de la défense de l’opinion de la majorité, au détriment des minorités et des droits individuels. Un peu comme si la menace de la «tyrannie de la majorité» d’Alexis de Tocqueville dans De la démocratie en Amérique s’était substituée en «tyrannie des minorités».

Pourtant, dans les démocraties, il existe des institutions pour garantir l’État de droit. Ces institutions sont essentielles et indissociables de la démocratie.

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